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Education | Les élèves de Jajce se rebellent contre les projets nationalistes

vendredi 16 juin 2017 par BH Info  |  2 Partagez sur FacebookTwittez cette information

La Bosnie-Herzégovine où l’apartheid à l’école est pratiqué en toute légalité, ni les tribunaux, ni les nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’homme, ni même la promesse d’une future adhésion à l’Union Européenne n’ont réussi à briser le schéma des séparations d’élèves dans des écoles du pays, selon les critères ethniques et confessionnels. A Jajce, un lycée a néanmoins décidé de faire la résistance. Croates, Bosniaques, Serbes ou Autres, ils veulent vivre ensemble et s’instruire au sein du même établissement, en suivant le même programme scolaire.

Dans les cantons mixtes de la Fédération, où cohabitent essentiellement les communautés bosniaque et serbe, les enfants sont, dès la maternelle, séparés. Cela se passe souvent au sein des mêmes établissements, d’un côté il y a une entrée pour les élèves bosniaques, de l’autre, une entrée séparée pour les élèves croates. Ces élèves ne se croisent jamais, ni à la récréation, à l’entrée, ni à la sortie des cours. Les horaires sont adaptées pour.

Au Canton de la Bosnie Centrale, on ne déroge pas à la règle.

Sous prétexte de la langue, de la maternelle à la fin du collège, les enfants croates de Jajce suivent un programme scolaire totalement différent de celui des enfants bosniaques. La langue enseignée s’est savamment croitisée, ressemblant de moins en moins à la langue parlée en Bosnie. L’histoire-géo enseignée est celle de la Croatie voisine et le catéchisme est de rigueur mais surtout, les dogmes du nationalisme sont omniprésentes et celles de la peur et la haine de l’autre une constante. Du côté des classes bosniaques, la situation est à peine meilleure.

Rien n’a été omis par les politiques nationalistes de la Bosnie daytonisée pour cultiver la haine et le nationalisme chez les nouvelles générations. Et pourtant, au lycée technique de Jajce, lorsqu’ils se retrouvent dans les mêmes bancs, toutes communautés et confessions confondues, à la surprise générale, les jeunes apprennent à se connaître, s’apprécient, deviennent amis.

C’en est trop pour le ministère de l’Education du canton qui décide de réorganiser le lycée pour séparer les élèves. Toutefois, dès l’annonce du projet, un petit groupuscule d’élèves lève sa voix contre les nouvelles séparations. Au fil des mois, soutenu par les médias, l’OSCE et les une vingtaine d’ambassades, le mouvement des lycéens se transforme en une véritable petite révolution qui a réussi à faire reporter le projet, mais pas encore à le faire annuler.

« Quitte à boycotter les cours, nous allons défendre notre école jusqu’au bout. Le système de deux ou trois écoles sous le même toit n’a aucune utilité. Nous essayons d’éclairer là-dessus des collégiens, de leur montrer qu’ils peuvent décider par eux-mêmes. Au lycée, nous vivons tous en harmonie. Il n’y a jamais eu le moindre incident entre les élèves, on mange ensemble, on travaille ensemble, il n’y a aucun problème  », explique le lycéen protestataire Nikolas Rimac.

Malgré les soutiens nombreux, y compris de leurs professeurs, le ministère cantonal de l’Education ne renonce pas à son projet, soutenu par un certain nombre de parents. « Nous ne sommes pas entretués pour rien, pour au final rester ensemble et vivre ensemble », affirme l’un d’entre eux.

« Au ministère, on affirme que le projet de séparer des élèves est lancé à la demande des parents d’élèves. On attend de voir les signatures de ces parents car il y en a qui privilégient le nationalisme à la santé, l’ambition et le bonheur de leur enfant », souligne Nikolas Rimac.

Vos réactions

  • Cette division au niveau des programmes scolaires est l’une des conséquences de la guerre et des Accords de Dayton. L’unification des programmes scolaires était en effet l’une des modalités importantes à prévoir et à mettre en œuvre par les Accords de Dayton, afin de dépasser les clivages et éviter que la Bosnie-Herzégovine ne retombe à terme dans un nouveau conflit.
    Il y a eu vers 2010 un projet dans ce sens, parrainé par la communauté internationale (PIC), mais ce projet a été abandonné. Pire, le Haut-Représentant, Valentin Inzko, ne respecte même pas les clauses de l’Accord qui stipule que les minorités doivent être protégées. Il a ainsi refusé un rôle de médiateur entre les parents bosniaques de Konjevic Polje et le Ministre de l’enseignement de la « République serbe ». Faute d’une médiation, ceux-ci ont donc été obligés, début 2014, d’ouvrir leur propre école à Nova Kasaba.
    En Fédération, la séparation au niveau scolaire est encore plus absurde. Mais là aussi, les représentants internationaux laissent faire. Pourtant, ils ne peuvent ignorer le risque pour le futur de cet éclatement au niveau de l’enseignement.
    En « République serbe », l’histoire et la culture de Bosnie-Herezégovine est écartée au profit de la seule histoire et culture de la Serbie, avec des livres en provenance de Belgrade.
    Dans les Cantons à dominance croate de la Fédération, c’est l’histoire et la culture croate qui sont mises en avant, avec des livres en provenance de Zagreb.
    A quand un enseignement unifié, qui met en priorité l’histoire et la culture de Bosnie-Herzégovine ? Cela n’exclut pas en complément l’histoire et la culture des pays voisins et de l’Europe.
    Je signale à ce propos une initiative intéressante de l’Ambassade de France et de son attaché culturel. Des instruments de musique et un même uniforme bleu a été fourni aux élèves de classes séparées de Jajce, afin de favoriser leur rapprochement. C’est une grande réussite. On peut aussi envisager des jumelages scolaires.
    Bravo à ces élèves de Jajce ! leur lutte doit être soutenue dans toute la Bosnie-Herzégovine et dans nos pays aussi !

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  • Curieuse situation, où les « jeunes » semblent plus RAISONNABLES que les « anciens » : je croyais que l’âge donnait de l’expérience...
    Tous mes encouragements et ma sympathie à ces lycéens !

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