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Sur la trace des rois bogomiles

par BH Info   Partagez sur FacebookTwittez cette information

Au 12e siècle, aux temps du règne du ban Kulin, disciple de l’église bogomile (cathare), la Bosnie devient indépendante. Un royaume prospère mais instable car considéré comme hérétique par l’Eglise. La Bosnie médiévale s’est maintenue néanmoins pendant trois siècles, jusqu’à l’arrivée des Ottomans. Une histoire passionnante des derniers Cathares d’Europe dont les traces sont encore bien visibles dans tout le pays.

Histoire L’indépendance de la Bosnie date du 12e siècle. Son premier monarque, le ban Kulin (1180-1204) règne pendant 30 ans et apporte la paix, la stabilité et la prospérité grâce aux traités commerciaux avec Dubrovnik et Venise. Toutefois, disciple de l’église bogomile (cathare), Kulin Ban est considéré comme hérétique par Rome. Constamment attaqué par les Hongrois, qui utilisent ce prétexte à des fins politiques, le roi renonce à l’hérésie en 1203 mais en dépit de cela, les ambitions hongroises sur la Bosnie restent inchangées. Toutefois, pendant toute la période médiévale, la Bosnie est un État fermé, isolé et protégé par son terrain impénétrable. En 1340, des Franciscains arrivent et commencent de nombreuses conversions pour maintenir le catholicisme en Bosnie. Le dernier grand roi de Bosnie, Tvrtko (1353-1391) fait de la Bosnie un royaume indépendant en 1377 mais après son décès, le royaume tombe dans une longue période de déclin et finit par passer sous la domination ottomane en 1463.

La Bosnie a hérité un important patrimoine du Moyen-Age. On dénombre beaucoup de forteresses médiévales notamment dans la Bosnie Centrale : Jajce, Travnik, Maglaj, Tesanj, Bobovac... Témoins de l’époque, des stèles funéraires bogomiles (stecak), uniques au monde, ornent les paysages sur la totalité du territoire du pays. Plus de 90.000 stecak sont répertoriés, c’est dire de l’accueil favorable que ce mouvement religieux a rencontré ici, ce que certains attribuent à la volonté des principautés locales d’échapper aux hégémonismes des voisins. Groupe religieux d’origine chrétienne qui s’est développé à partir du 10e siècle en Bulgarie, le bogomiles sont adeptes d’une conception manichéenne de la Création, opposant la Bien et le Mal. Le terme Bogomile vient des termes slaves Bog (Dieu) et Mil (Cher). La croyance des Bogomiles a inspiré d’autres mouvements au 11e siècle en Italie et dans le sud-ouest de la France, les Cathares ou les Albigeois, exterminés par l’Inquisition au 13e siècle. Des Bogomiles de Bosnie, quant à eux, finissent par abandonner leur croyance à l’arrivée des Ottomans au 15e siècle, et sont considérés comme les derniers cathares d’Europe.

Fojnica

Bobovac - Kraljeva Sutjeska Longtemps oubliés des circuits touristiques, la citadelle Bobovac (Vares) et le monastère franciscain Kraljeva Sutjeska (Kakanj) ont joué un rôle crucial dans la création de l’Etat bosnien entre 1350 et 1463. La citadelle a été fondé sur l’ordre du roi Stjepan Kotromanic au 14e siècle. Trois souverains bosniens sont nés ici : Stjepan Ostoja, Tvrtko II Kotromanic et Stjepan Tomas et la dernière reine de Bosnie, la célèbre reine Katarina Kosaca Kotromanic qui fit de Bobovac sa résidence, juste avant l’invasion ottomane. Epouse du roi Stjepan Tomas et mère du roi Stjepan Tomasevic, la reine Katarina est née à Mostar le 20 janvier 1448, fille de Stejpan et Jelena Kosaca. Son père était le seigneur de la terre de Hum sous l’Empire romain germanique du roi Frédéric III. Séduit par la langue germanique, il prit le titre de ’Herzog’ (commandant) de Hum.

Dans sa correspondance diplomatique, il utilise le terme ’herzeg’, à l’origine du nom de son territoire : l’Herzégovine. Stejpan se bat pour conserver la stabilité du pays afin de résister aux Ottomans et pour cela, il se rapproche des rois croates de Bosnie, les Kotromanic. Cette amitié aboutit au mariage de sa fille Katarina avec le dernier roi de Bosnie, Stjepan Tomas Kotromanic. Le couple royale règne désormais sur la Bosnie et l’Herzégovine et lutte ensemble pour défendre leur pays et la foi chrétienne, que Katarina adopte peu avant son mariage. Les Ottomans commencent leur invasion par l’est, envahissant la capitale Sutjeska, malgré la résistance des forces bosniennes. Le roi Stjepan périt durant la bataille et les enfants du couple, Simun et Katarina, sont capturés mais la reine réussit à s’enfuir et se réfugie à Kupres pour réorganiser la défense du pays.

Katarina construit un certain nombre d’églises afin que Dieu lui vienne en aide contre les infidèles. Lorsque Kupres est pris, elle se réfugie à Ston, puis à Dubrovnik où elle enterre l’épée de son mari, sous la condition qu’elle soit rendue à son fils après sa libération pour qu’il puisse se battre contre les Ottomans. Dubrovnik, bien que menacé, réussit à conserver son indépendance grâce à des appuis diplomatiques et une forte somme d’argent mais la reine Katarina doit fuir et se réfugie à Rome d’où elle tente jusqu’à la fin de ces jours et sans succès de libérer la Bosnie et ses enfants. Ces derniers seront éduqués selon la doctrine du Coran et mourront dans l’empire ottoman sans jamais revoir leur mère. Katarina meurt le 25 octobre 1478. Elle est enterrée dans l’église franciscaine de Santa Maria sur la colline Ara Coelli à Rome. Dans son testament, elle légua la Bosnie à son fils s’il revenait dans la foi catholique ou au Vatican dans le cas contraire. Sa mémoire est célébrée en octobre de chaque année à Kraljeva Sutjeska.

Visoki Au Moyen-Âge, c’est un important centre de culture et de commerce du puissant Royaume de Bosnie (958-1463). Visoko tire son nom de la ville de Visoki situés sur la colline Visočica. Podvisoki, Mile (Arnautovici), Biskupici et Mostre formaient un ensemble. Plusieurs chartes historiques sont signées ici dont la charte du premier roi bosnien Tvrtko Ier (1355) et la Charte de Kulin Ban, le document écrit en ‘bosancica’ en 1189. Mile fut le lieu de couronnement de Tvrtko Ier en 1377 et de son enterrement aux côtés de son oncle et prédécesseur le ban Stjepan II Kotromanic, et abritait aussi les Archives de la Bosnie et l’université de Mostre, fondée en 1175, l’une des premières d’Europe connue pour son enseignement en médecine, théologie, cosmogonie et éthique. Toutefois, rien n’a subsisté de ses archives, son existence n’est attestée que par quelques documents des Archives du Vatican, son ennemi catholique.

Kozovgrad Sur les flancs du mont Zec, la forteresse de Fojnica, était le refuge des riches commerçants de Dubrovnik vivant à Fojnica mais ce fut surtout le dernier asile de la reine Katarina lors de sa fuite de Bobovac devant l’avancée des Ottomans avant de se réfugier à Dubrovnik, puis à Rome. La légende dit que la reine ordonna de ferrer des chevaux dans le sens inverse pour tromper les ennemis. Des traces de fers à cheval menant vers Zenica sont encore visibles à Kozovgrad. Le monastère franciscain de Fojnica datant du 14e siècle abrite un musée et une bibliothèque qui compte plus de 40.000 titres ainsi qu’une collection significative de livres écrits avant le 16e siècle. Ahdnama, le décret du sultan Mehmet II Fatih accordant l’indépendance et la liberté religieuse aux Franciscains de Bosnie en 1463, est toujours précieusement conservé au musée.

Vranduk Cette forteresse royale, située à 15 km de Zenica sur une magnifique falaise au-dessus de la rivière Bosna, fut autrefois le siège du roi bosnien Stjepan Ostoja et du dernier roi de Bosnie Stjepan Tomas. Vranduk est mentionné pour la première fois le 11 mars 1410 dans un document adressé par les citoyens de Dubrovnik au roi hongrois Sigismund au sujet du comportement incorrect de ses soldats. Durant le période ottoman, la forteresse a servi comme une prison en particulier pour les adversaires du sultan. De nombreux cadi et mufti y ont laissé leur vie. Des siècles durant, la forteresse a résisté à toutes sortes de catastrophes de l’histoire et naturelles mais elle a presque toujours réussi à résister. En 1697, durant la campagne du prince Eurgène de Savoie qui réduisit la Bosnie en cendre et en fumée, Vranduk fut la seule forteresse qui resta invaincue. C’est pourquoi on la surnomme la Porte de la Bosnie, on dit aussi que le nom Vranduk ne serait que le dérivé du mot branduk (défendre).

Srebrenik - Brcko Perché en haut d’une montagne, cette petite mais imposante forteresse est l’une des plus belles et les mieux conservées de toute la Bosnie. Elle est accessible par un chemin sinueux puis par une petite passerelle au-dessus du vide. Situé au nord-ouest du pays, entre les massifs de Majevica et Trebave et dans la vallée de la rivière Tinja, le château de Srebrenik est mentionné pour la première fois dans la charte du roi bosnien Stjepan II Kotromanic en 1333 cédant Ston et Rat à la République de Dubrovnik. Srebrenik a été le siège de la Bosnie des Kotromanic, famille qui assura au pays des territoires les plus vastes de son histoire s’étendant de la Sava au nord, Zadar et Knin à l’ouest à Herceg Novi au sud-est. Le roi hongrois Matija Korvin conquiert Srebrenik en octobre 1464, puis entre 1512 et 1520, il fut repris par les Ottomans. Compte tenu sa position géostratégique, le château a gardé longtemps son importance et fut gardé par les soldats jusqu’en 1835.

Tesanj - Gradina Dominé par une forteresse médiévale, Tesanj est une petite ville du nord de la Bosnie, située au bord de la rivière Usora. On le mentionne pour la première fois en 1461, date à laquelle le roi bosnien Stjepan Tomasevic offre la ville en cadeau à son oncle Radivoje Krstic. Dans le même document, on mentionne également l’église de St Jurje à Tesanj. Durant 13 années, de 1463 à 1476, Tesanj fut le siège du royaume bosnien, dirigé par la famille Krstic, puis la ville, avec l’arrivée des Ottomans en Bosnie, tombe sous leur domination. La forteresse est bien conservée, de nombreuses civilisations différentes y ont laissé leur trace, des Illyriens aux Ottomans en passant par les Romains et les Slaves. Il s’agit de l’une des plus grandes et des plus importantes forteresses de tout le pays.

Travnik Cette forteresse, construite au 14e siècle sous le roi Tvrtko II, est bien préservée car elle n’a jamais servie. Après Jajce, la conquête de la citadelle par le sultan Mehmet II le 3 juin 1463 s’est faite sans aucune résistance de la population locale.

Maglaj Les restes du Moyen Âge sont encore visibles à Maglaj grâce à une centaine de pierres tombales et la forteresse construite au 13e siècle qui a servi à défendre la ville des conquérants. Avec l’arrivée des Ottomans, la forteresse a été reconstruite et une tour de l’horloge est ajouté au 17e siècle. Maglaj est également la maison d’un des cinq sanctuaires de l’Eglise catholique en Bosnie, consacré à St Léopold Mandic, connu comme l’apôtre de la confession et de l’unité. Les os de sa main sont conservés à l’église. Une messe spéciale est organisée le mercredi où tous les visiteurs sont les bienvenus.

Jajce Ville royale, capitale de la Bosnie médiévale, Jajce est un véritable bijou historique et naturel. Construite au 14e siècle pour servir de capitale du Royaume de Bosnie de 1423 à 1463 sous les rois Tvrtko II Tvrtkovic, Stjepan Tomas et Stjepan Tomasevic, Jajce garde de cette époque des portes, un château et la tour St Luc où le dernier roi de Bosnie, Stjepan Tomasevic fut couronné. Ses os sont aujourd’hui conservés au monastère franciscain de Jajce. Les imposantes fortifications de Jajce ont été construites entre 1391 et 1404 par le duc Hrvoje Vukcic Hrvatinic, au-dessus de la cascade de Pliva, sur un rocher de 375 mètres d’altitude dont la forme en œuf a probablement donné le nom à la ville. Les remparts de la forteresse englobe également les catacombes du 15e siècle, l’un des sites les plus impressionnants du patrimoine culturel du pays.

Kljuc Kljuc est est mentionné dans la Charte de la Bosnie par Stjepan II Kotromanic en 1322. C’est l’une des villes les plus fortifiées de la Bosnie médiévale, et ses maîtres ont joué un rôle important dans l’histoire de l’Etat médiéval bosnienne. De haut de ses remparts, on a l’une des vues panoramiques les plus impressionnantes sur la toute la vallée de Sana. La ville se compose de forteresses militaires, de palais de seigneurs de la ville et de la région qui fut le centre culturel, religieux et commercial du royaume. Le dernier roi bosnien Stjepan Tomasevic, fuyant l’expansion ottomane en Bosnie, a trouvé le refuge dans la ville fortifiée de Kljuc en 1463. Toutefois, le roi finit par se rendre aux Ottomans. Il fut amené à Jajce où il fut ensuite exécuté. Avec la reddition du dernier roi de Bosnie, l’Etat médiéval de Bosnie prit définitivement fin.

Trois siècles des rois de Bosnie

  • Borić (1154 – 1163)
  • Kulin (1180 – 1204)
  • Stjepan (1204 – 1233)
  • Matija Ninoslav (1233 – 1250)
  • Prijezda I (1254 – 1287)
  • Prijezda II (1287 – 1290)
  • Stjepan Kotroman (1290 – 1316)
  • Stjepan Kotromanić (1322 – 1353)
  • Tvrtko I Kotromanić (1353 – 1391)
  • Stjepan Dabiša (1391 – 1395)
  • Jelena (1395 – 1398)
  • Stjepan Ostoja (1398 – 1404)
  • Tvrtko II Tvrtković (1404 – 1408)
  • Stjepan Ostoja (1409 – 1418)
  • Stjepan Ostojić (1418 – 1420)
  • Tvrtko II Tvrtković (1420 – 1443)
  • Stjepan Tomaš (1443 – 1461)
  • Stjepan Tomašević (1461 – 1463)

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