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L’adhésion à l’Otan, un enjeu stratégique en Bosnie

mercredi 11 septembre 2019 par Zehra Sikias  |  1 Partagez sur FacebookTwittez cette information

Depuis l’élection en octobre 2018 du trio présidentiel Komsic, Dodik et Dzaferovic, la crise politique en Bosnie-Herzégovine est d’une gravité sans précédent. La question centrale, celle qui bloque la formation du Conseil des Ministres, tourne autour de la perspective du pays de rejoindre l’Otan. Et ne finit pas de diviser la communauté internationale.

La signature d’un document stratégique lié à la poursuite du processus d’adhésion de la Bosnie à l’Otan est posée comme une condition sine qua non par deux membres de la Présidence d’État, le Bosniaque Sefik Dzaferovic et le Croate Zeljko Komsic. Partisans d’une vision unitaire du pays, ils y voient la garantie de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Bosnie face à la menace permanente des séparatistes serbes et croates qui depuis l’indépendance proclamée en 1992 ne renoncent pas à la division du pays en trois parties et un concept mono-ethnique de l’État.

Toutefois, le Serbe Milorad Dodik, troisième membre de la Présidence tripartite bosnienne, s’y oppose farouchement. L’adhésion à l’Otan signifierait selon lui l’abolition progressive de la Republika Srpska, l’un des deux entités constituant le pays, ainsi que l’éloignement de la Russie, le principal alliée des Serbes dans les Balkans. Impatient de voir le Conseil des Ministres formé pour y mettre à sa tête l’un de ses fidèles apparatchiks, Milorad Dodik menace désormais de tenter tout pour le tout et annonce plusieurs mesures drastiques : le retrait des Serbes des institutions d’État et la suspension unilatérale des accords sur l’armée, la justice, les services secrets, les taxes. En bref une sorte de sécession, ce qui équivaudrait de facto à une nouvelle guerre vingt quatre ans après la signature des accords de paix de Dayton qui ont mis un terme à un sanglant conflit de quatre ans au coeur de l’Europe.

Pour les trois leaders nationaux, trouver un compromis sur cette question qui à l’heure actuelle est plus cruciale qu’une hypothétique adhésion à l’Union européenne, semble extrêmement difficile, voire impossible. Toute aussi impuissante et divisée semble être la communauté internationale pour qui, une fois encore, la Bosnie n’est qu’un théâtre des enjeux géostratégiques. On se croirait presque en 1992 tellement le monde semble divisé sur l’avenir de la Bosnie.

Le monde divisé sur la question de la Bosnie

À commencer par l’Union Européenne.

Déjà au stade d’un renoncement à l’élargissement de l’UE dans les Balkans occidentaux qui ne dit pas son nom, l’Union Européenne se divise aussi sur l’adhésion de la Bosnie à l’Otan, même si sa sécurité en dépend aussi.

Parmi les pays qui prônent une politique de rigueur envers le sécessionniste serbe Milorad Dodik se trouvent l’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas. La France, comme à l’époque de François Mitterrand, s’y oppose et prône une attitude « modérée ». Le président Macron, peut-être en raison des enjeux économiques de la France en Serbie où ses entreprises sont présentes en nombre, rejoue la carte d’une amitié traditionnelle franco-serbe ressuscitée et revigorée par la récente visite officielle du président français en Serbie. Sur la même ligne de conduite est également l’Italie.

Divisée, l’UE se contente de conseiller aux dirigeants de Bosnie de se concentrer sur les choses qui les unissent au lieu de se confronter et de procéder « sans condition » à la formation du Conseil des Ministres. Un raisonnement à première vue neutre mais qui au fond attribue la faute de la crise politique actuelle à ceux qui bloquent depuis presqu’un an la formation du gouvernement, le Bosniaque Sefik Dzaferovic et le Croate Zeljko Komsic. L’ultra-nationaliste Milorad Dodik, le principal pion de la Russie dans les Balkans, s’en sort blanchi.

Triomphante, la Russie, dont la position ne diffère point de l’attitude officielle de l’UE, peut ainsi continuer de croître son influence dans les Balkans sans encombre. Ou presque.

Retour des États-Unis dans les Balkans

Car le camp des pays qui exigent plus de fermeté envers le leader serbe de Bosnie et défendent un État bosnien unitaire n’a pas dit son dernier mot. Aux côté du Japon et de la Turquie, ce camp est rejoint aussi par la Grande-Bretagne qui fragilisée par le Brexit, aligne désormais sa politique sur celle des États-Unis, se désolidarisant de l’UE en Bosnie. Toutefois, le principal soutien de poids restent les Etats-Unis qui, en nommant le diplomate Matthew Palmer un envoyé spécial pour les Balkans, annonce son grand retour sur l’échiquier bosnien. Ses deux principales missions - le règlement de la question du Kosovo et la perspective de l’adhésion de la Bosnie à l’Otan - annoncent la couleur de la politique américaine dont le but géostratégique principal est celui de contrer l’influence russe en Europe. Une influence qui sur le terrain se traduit surtout par la montée des aspirations nationalistes et séparatistes.

A Sarajevo, le retour des États-Unis dans les Balkans redonne de l’espoir autant que le retour de la Russie dans les Balkans réjouit Banja Luka. L’Europe, quand à elle, fait preuve une fois encore d’un manque de détermination, de fermeté et plus que tout, de vision dans les Balkans.

Vos réactions

  • Les USA pilotés par l’imprévisible Trump ; la Russie avec son « monarque » Poutine ; l’Europe divisée ; la France qui ne veut pas prendre clairement parti... pauvre B.H. !

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