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Décès d’Enisa Aličehić, fondatrice de la mythique galerie Le Lys

lundi 19 juillet 2021 par Milos Lazin   Partagez sur FacebookTwittez cette information

Enisa Aličehić est décédée le 13 juillet dans un hôpital parisien à l’âge de 73 ans.

En 1996, elle invente, fonde et dirige à Paris la galerie-librairie Le Lys sur l’Île Saint-Louis, qu’elle parvient à faire vivre sept années durant. Les expositions de peintres, sculpteurs, photographes y étaient renouvelées chaque mois, presque exclusivement d’artistes originaires de l’espace ex-yougoslave ; on pouvait y feuilleter et acheter des livres en plusieurs langues, autant en littérature que des essais, des dictionnaires, des études en sciences sociales. Presque toutes les semaines s’y déroulaient débats, soirées littéraires, concerts, conférences, avec des personnalités de tous les pays issus de la Yougoslavie, de France, d’Europe, des États-Unis...

Formellement, l’espace, pas plus grand qu’un deux pièces, était loué et géré par une association Loi 1901. L’association c’était Enisa, une personne à la concentration d’énergie et de vitalité par centimètre cube de corps humain incommensurable. Dans cette association, nous n’avons pas aidé Enisa, c’est Enisa qui nous a aidés ! Et pas seulement nous ! La mission du Lys, la mission d’Enisa, c’était d’offrir un espace de vie et de réflexion à tous ceux qui avaient perdu leur monde dans la violence, la guerre, l’agression. Le Lys a rappelé que ce qui est détruit peut retrouver un espoir dans l’humanité, qui nous semblait alors piétinée. Malheureusement, n’ont pas été archivés les noms de tous ceux qui ont parlé, exposé, discuté ou simplement sont passés par l’association du Lys. Ni combien de connaissances y ont été nouées ou renouvelées, combien de rencontres organisées. À certaines occasions, le lieu a accueilli plus de 200 personnes. Le Lys était une possibilité dans l’impossible. Le fonctionnement de cet espace, doté d’une aide financière insuffisante et ponctuelle de certaines fondations ou de l’État français, restera secret.

Au printemps 2003, Enisa a annoncé qu’elle fermait la galerie. Était-ce le manque de fonds pour payer le loyer et l’électricité, un affaiblissement de la motivation, la fin et du moins l’éloignement provisoire de la guerre qui nous réunissait à distance… ? Tout comme Enisa avait courageusement donné vie au Lys, de la même manière elle y a mis fin. Incidemment, elle et son action ont beaucoup fait, laissant, chez nombre d’entre nous, cette trace à peine visible, à peine reconnaissable, ces grains de joie dans les chemins du désespoir qui nous permettent de continuer. Beaucoup ont voulu oublier cette période, du moins refouler les tourments qu’elle leur avait causés. J’aimerais que ceux qui lisent ce texte se remémorent un instant au moins d’une partie de ce qu’ils ont entendu, découvert, appris, vu au Lys… Moi, je sais que le Lys m’a aidé à survivre…

Hvala Enisa !


par Miloš Lazin
traduit par Nicolas Raljevic

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