mercredi 30 novembre 2011 par BH Info - 0
Dans les Balkans, le comptage ethnique des populations est un enjeu politique.
Dans les pays issus de l’ex-Yougoslavie, les questionnaires européens de recensement comportent des questions ethniques sur la langue, la religion et l’appartenance communautaire.
Choquant ? « Le recensement ethnique est nécessaire, car dans les Balkans le système politique est fondé sur la représentation des différents groupes », explique Jean-François Gossiaux, directeur d’études à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales à Paris. Certes. Mais dans ce contexte, compter la population revient à mettre à jour le rapport de force qui existe entre les communautés. La région est en effet composée d’une mosaïque de nationalités qui ne coïncident pas avec les frontières étatiques, certaines étant donc minoritaires.
En Croatie et au Monténégro, le recensement, cela dit, s’est bien déroulé. Au Kosovo, il n’a concerné que la partie albanaise du pays. En Serbie, par contre, il s’est accompagné de deux boycotts. D’une part celui d’une partie des Bosniaques de Novi Pazar, sans impact sur les résultats, selon le directeur de l’Institut des statistiques serbes. D’autre part, celui des Albanais de la vallée de Presevo qui a influencé les résultats de trois communes. L’Institut des statistiques n’ayant prévu des traducteurs que pour les minorités rom et hongroise, les députés albanais dénonçaient des formulaires uniquement rédigés en serbe.
En Macédoine, dix ans après l’accord de paix d’Ohrid, les tensions entre Albanais, la première minorité du pays, et Macédoniens restent fortes. Le recensement a dû être interrompu à quatre jours de la fin suite à la démission collective des organisateurs. En cause : un désaccord persistant sur le décompte des personnes vivant à l’étranger. L’enjeu est concret. Les Albanais doivent représenter plus de 20% de la population d’une ville pour y profiter d’un bilinguisme administratif. Comptabiliser les Albanais macédoniens vivant à l’étranger leur aurait permis de renforcer leur poids politique.
Enfin, en Bosnie-Herzégovine, les députés n’ont jamais réussi à s’accorder sur le formulaire. Les Serbes de Bosnie voulaient inclure les questions ethniques, ce que refusaient les Bosniaques et Croates. Pour eux, un tel recensement risque de sceller le nettoyage ethnique qui a eu lieu durant la guerre et la partition géographique du pays en fonction des communautés. Faute d’accord, le recensement a été reporté à octobre 2012, sauf imprévu ou nouveau développement politique.
Sophie Guesné
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