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CULTURE

"Sarajevo, vive clarté" : Le Centre André Malraux salue Jorge Semprun

lundi 14 novembre 2011 par BH Info - 0

14 novembre 2011 PARIS

Jeanne Moreau et Michel Piccoli lisent des textes de Jorge Semprun. Projection de « Sarajevo, notre résistance » de Robin Hunzinger. Rencontre publique avec Jane Birkin, Enki Bilal, Costa Gravas, Patrick Deville, Antoine Gallimard, Olivier Rolin, Gérard Rondeau, Alix de Saint André, Mathias Enard... animée par Jean-Marie Laclavetine.

Projection de « Sarajevo, notre résistance » avec Francis Bueb, Florence Malraux, Jorge Semprun, Olivier Rolin, Patrick Deville, Alix de Saint André, Gérard Rondeau, Rémy Ourdan, Jovan Divjak, Ziba Galijasevic, Jean-Marie Laclavetine, Jean-Michel Frodon, Vanessa Glodjo, Nermin Tulic, Minka Muftic, Almasa Defterdarevic… (participation : Groupe Galactica, Bix Films, TéléNantes, TLSP, BHRT, CNC, PROCIREP, ANGOA, Région Alsace, Communauté urbaine de Strasbourg).

Il avait intitulé un de ses livres « Adieu, vive clarté », empruntant à Baudelaire un vers chargé de mélancolie et de regret. Or rien ne fut plus étranger à Jorge que ces sentiments. Il fuyait la mélancolie, détestait les regrets. La clarté dont il est question dans sa vie et dans ses livres n’est pas celle de l’été qui s’enfuit, des doux souvenirs de l’enfance, du sourire de la mère ou des yeux de l’amante : c’est la clarté étincelante du four crématoire.
Jamais Jorge ne s’est laissé aller à la délectation passive du « je me souviens ». S’il fouillait sa mémoire, c’était pour comprendre et construire le présent.
Il écrivait : « Toute mon imagination narrative a semblé aimantée par le soleil aride de Buchenwald, rougeoyant comme la flamme du crématoire. Même dans les récits les plus éloignés de l’expérience personnelle, où tout était vrai parce que je l’avais inventé et non parce que je l’avais vécu, le foyer ancien était à l’oeuvre, incandescent ou couvant sous la cendre. »
Dans la clarté de cette flamme inextinguible il avançait d’un pas décidé. Il n’était pas fait pour les apitoiements, lui qui avait bâti sa vie dans la fraternité des suppliciés. La lumière de Buchenwald éclaire encore l’Europe d’aujourd’hui. Jorge aurait voulu que l’on créât dans ce camp un lieu de réflexion et de rencontres pour l’Europe de demain. Il se souvenait que le camp, après avoir été libéré par les Américains, fut utilisé par les Russes pour y enfermer leurs prisonniers politiques. Quand les tours jumelles s’effondrèrent à New York, Jorge remarqua que la puanteur qui se répandait sur la ville était la même que celle des fours crématoires : c’était « l’odeur de la guerre totalitaire que la “vieille Europe” connaissait déjà, et contre laquelle elle avait entrepris la remarquable tâche de la construction d’une communauté supranationale d’États indépendants. »
Jorge fut pendant plusieurs années président de l’association Paris-Sarajevo-Europe. Il se reconnaissait dans l’aventure du Centre André Malraux, fondé pendant le siège de Sarajevo. L’Europe fut son dernier combat, celui pour lequel il retrouvait l’enthousiasme des anciennes batailles. Son Europe n’était pas celle de Bruxelles, des règlements administratifs ou des quotas laitiers : c’était l’Europe de la dissidence et de la jeunesse, celle de Havel, de Michnik, de Konrad, celle de Jan Patocka qu’il considérait comme le penseur fondamental de la civilisation européenne. Sans doute l’attachement particulier de Jorge pour la capitale bosniaque vient-il de la conviction que nulle part l’Europe ne pouvait trouver un laboratoire mieux à la mesure de ses rêves, puisque nulle part, depuis Buchenwald, l’Europe n’a aussi concrètement qu’à Sarajevo expérimenté le cauchemar des folies nationalistes.
De cette flamme il tirait l’énergie de son rire clair, inattendu dans ce visage sombre et déterminé. Car il aimait la vie et le rire, les conversations rapides, la légèreté, le mouvement. Il avait horreur de s’attarder. Mais quand venait le moment de parler, de prendre position, sa parole sonnait juste, elle était simple et droite.
La clarté est toujours vive. La mort d’un homme ne l’éteindra pas. Notre ami Jorge est devant nous.

Jean-Marie Laclavetine

+D’INFOS :

SARAJEVO, VIVE CLARTÉ
Le Centre André Malraux salue Jorge Semprun
LUNDI 14 NOVEMBRE 2011 - 20h00
FORUM DES IMAGES
Forum des Halles - Porte Saint Eustache - 75001 Paris
ENTRÉE LIBRE
CONTACT - 2e BUREAU - Sylvie Grumbach - 01 42 33 93 18

Avec le soutien de la Fondation Agnès b., de la Fondation Crédit Coopératif, du CCFD et de la Communauté d’agglomération du plateau de Saclay.

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