samedi 17 septembre 2011 par BH Info - 3
Il y a des écoles en Bosnie-Herzégovine où la ségrégation ethnique est depuis longtemps une règle. Aujourd’hui, dans une école du centre-ville de Sarajevo, on révèle aussi l’existence d’une ségrégation sociale.
Dans l’école primaire Safvet-Beg Basagic, sous la pression des parents d’élèves influents, la direction de l’école a en effet autorisé il y a 5 ans la création d’une classe d’élite destinée aux élèves les plus riches.
"Cette pratique n’est pas rare dans les autres écoles du centre ville, explique Lejla Dizdarevic, directrice de l’école Safvet Beg-Basagic qui se défend d’avoir accepté d’unifier des classes en fonction du statut social des parents d’élèves uniquement pour améliorer la qualité de l’enseignement. L’école "Isak Samokovlija" a fait la même chose et cela a donné de très bons résultats scolaires. On se doit d’unifier des classes selon certains critères et le statut social en fait partie".
Le directeur du syndicat de l’éducation des écoles primaires du canton Sarajevo, Saudin Sivro, confirme en effet cette réalité. Les professeurs, pour la plupart ont été mis au courant de cette pratique. Pourtant, depuis des années, personne parmi eux n’a levé la voix pour s’y opposer, par peur des représailles. "Les enseignants évitent des confrontations avec leur management, ils ont peur pour leur emploi", indique-t-il.
Les révélations sur les divisions dans les écoles sarajéviennes ont choqué l’opinion publique de la capitale bosnienne, une ville multiculturelle, si fière d’être un symbole de la tolérance. "Si on accepte cette ségrégation, on va devenir un pays africain de l’apartheïd", commente un Sarajévien.
On semble aujourd’hui oublier que la ségrégation est déjà institutionnalisée dans les écoles des cantons mixtes de la Fédération depuis plus de 10 ans. Au total 54 écoles du pays ont adopté le système des "deux écoles sous le même toit" pour séparer des élèves bosniaques de leurs camarades croates. Le principe est simple : tout le monda a cours dans le même bâtiment, mais les horaires sont organisés de la sorte que quand les petits Croates vont à l’école le matin, les petits Bosniaques vont l’après-midi. Les deux écoles n’ont ni la même entrée, ni les mêmes professeurs, ni les mêmes programmes enseignés.
Au final, ce que l’on considère aujourd’hui comme l’inacceptable à Sarajevo est en réalité accepté depuis longtemps. Légitime la ségrégation ethnique mais illégitime la ségrégation sociale ? La logique est pourtant la même.
Mais dans un pays profondément divisé, dont la Constitution établit officiellement la discrimination, les valeurs de la différence et de la cohésion sociale, valent-ils vraiment encore pour quelque chose ?
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