jeudi 7 avril 2011 par BH Info - 3
6-8 avril 2011 SARAJEVO
Lors du deuxième Sarajevo Business Forum (SBF), une conférence organisée par Bosnia Bank International (BBI) et Islamic Development Bank (IDB) ayant lieu du 6 au 8 avril 2011 dans la capitale bosnienne, Amer Bukvic, directeur de BBI a présenté devant les représentants de riches pays arabes et turcs quelque 150 projets ayant besoin d’investissements d’une valeur totale de près de 15 Mds€.
Quelque trente projets concernent le développement d’infrastructures, estimés à 9 Mds€, et 30 autres touchent au domaine de l’énergie, pour près de 5 Mds€, mais de nombreux autres projets concernent les secteurs de l’agriculture, des finances, du tourisme, de l’éducation.
+D’INFOS : Amer Bukvic - Interview réalisée par le site Sarajevo-X
Quelles sont les prévisions pour le deuxième Sarajevo Business Forum ? L’intérêt des investisseurs est plus important que pour le premier SBF que nous considérons également comme une réussite. Parmi les participants, beaucoup d’investisseurs, maisons d’investissement, banques...
Vous êtes satisfaits ? Compte tenu de la crise économique, nous sommes même surpris d’un tel intérêt. La BH n’est pas le seul pays qui organise ce genre de forum d’investisseurs. J’ai été personnellement impliqué dans l’organisation d’un forum similaire en Albanie, la Roumanie en organise un en mars prochain, mais le nôtre est de loin celui qui affiche le plus d’intérêt même s’il s’agit d’un petit marché. Le nombre de participants orientaux et occidentaux est spectaculaire.
Qu’est-ce qui attire des investisseurs en BH ? Pourquoi nous sommes plus attractifs que la Roumanie ? La BH a sa spécificité par rapport à d’autres pays. Du point du vue d’un Oriental, nous avons beaucoup plus d’avantages que la Roumanie. Vu de l’Ouest, l’Occident est encouragé par le fait que que l’Orient s’intéresse à la Bosnie-Herzégovine car ils’agit d’une destination économique intéressante à long terme. Sarajevo a une fort odeur de l’Orient et de l’Occident et c’est ce qui attire les investisseurs des deux côtés.
Le climat pour faire le business en BH n’est pas très bon en BH. Que faut-il faite pour changer cela ? C’est un long processus. Nous créons le climat pour l’investisement, on souhaite faire en sorte que la BH soit évoquée pour ses possibilités d’y investistir et faire du business etc. mais ce n’est pas possible de faire en un an, ni en deux ans. Ce processus va durer mais il y aura des résultats. Lorsque la Malaisie ou Dubaï ont commencé leur expansion, ils avaient eux aussi un commencement intéressant. Aujourd’hui Kuala Lumpur et Dubaï ont une telle infrastructure qu’il est difficile de faire mieux. Pour nous, c’est la même chose aujourd’hui. Lorsque l’emir de Dubaï a décidé de construire son premier gratte-ciel, tout le monde se moquait de lui et se demandait à quoi ça servait un gratte-ciel à Dubaï. Regarder ce qu’ils sont devenus aujord’hui.
Est-ce que Sarajevo peut devenir Dubaï des Balkans ? Je pense que Sarajevo a plus de potentiel que Dubaï. L’avantage de Dubaï est géographique car il est proche d’Inde et au centre d’une partie du monde. Mais Sarajevo a des avantages climatiques par rapport à eux, un pays magnifique, sans négliger la proximité de l’Europe qui représente un grand marché. Il faut avoir la vision claire de ce qu’on doit réaliser et persister. Je crois que la BH a une très bonne perspective mais avant elle doit régler tous les cadres législatifs et les obstacles qui existent.
Quelles sont les obstacles pour les investisseurs ? Nous avons pour le premier SBF préparé un livre des obstacles destiné aux futurs investisseurs. Par la suite, nous avons envoyé une liste de propositions des changements à réaliser à tous les hommes politiques, partis politiques et ministères.
Quelle était leur réaction ? Notre rapport doit rester constructif. Nous ne souhaitons attaquer ni accuser personne, c’est ce qu’il y a de plus facile à faire chez nous. Il faut trouver notre chemin, pas à pas, corriger la situation actuelle progressivement. Malheureusement, nous n’avons pas encore de gouvernement mais la volonté de changer, on l’a sent à tous les niveaux. Je crois qu’on a enfin compris que c’est impossible de continuer ainsi.
Quel sera le thème du deuxième SBF ? C’est notre projet d’éducation qui a pour objectif de faire de Sarajevo une ville universitaire internationale. Ceci ne demande pas beaucoup d’investissement. Le projet a réuni beaucoup d’acteurs, des ministères et des universités.
Quels seraient les bénéfices de ce projet ? Dans les 4 années à venir, nous pouvons faire venir à Sarajevo 5000 nouveaux étudiants par an. Si on atteint le chiffre de 20.000 étudiants, on peut créer une économie basée sur l’éducation avec un grand nombre d’instituts qui vont produire l’argent en travaillant pour les entreprises. C’est une économie qui va avoir 20.000 touristes permanents qui dépensent, se logent, qui reçoivent des visites de leur famille et leurs amis. On remplit des hôtels, des avions, des restaurants, des appartements privés etc. Sans oublier l’argent qui arrive dans les universités, c’est ce qui peut nous arriver de mieux car cela permet de faire revenir ceux qui ont quitté le pays, qui ont fait de bonnes études à l’étranger et qui peuvent désormais travailler pour nos universités.
Que fait-il faire concrètement pour réaliser ce projet ? Pas beaucoup. Changer certaines lois, accélérer certains processus. Il nous faut également le soutien du Ministère des Affaires étrangères qui va assurer la promotion à l’étranger et le soutien des pays amis. L’aide de la Turquie peut à elle même suffire. La Turiquie a 1,6 millions d’étudiants qui, faute de places, ne peuvent pas s’inscrire à l’université : Sarajevo a d’une part accueilli deux universités turcs, parfaitement reconnus en Turquie. D’autre part, nous avons des liaisons aériennes directes pour Istanbul et Ankara, c’est une heure de vol. Pour eux, ce n’est pas loin, ils vont actuellement en Roumanie, en Bulgarie, en Russie, aux Etats-Unis et cherchent justement des pays alternatifs pour étudier. Mais notre Etat doit faire un effort de promotion dans les salons de l’éducation, dans les médias, dans les sites Internet etc. Il s’agit d’un bénéfice de 500M€ par an, ce qui représente plus que tout notre secteur bancaire. Actuellement, Sarajevo a 1500 étudiants étrangers de Turquie, et nous n’avons rien fait pour les attirer. Sarajevo est attractif, ils aiment l’ambience de cette ville, ils se sentent comme chez eux, c’est essentiel.
Est-ce que Sarajevo peut attirer des étudiants des pays de la région ?Bien sûr que oui. Avant tout des étudiants de Macédoine, d’Albanie, du Kosovo, de Serbie et de Croatie. Mais d’abord, nos universités doivent atteindre un certain niveau, avoir de l’argent pour se payer des meilleurs professeurs et les étudiants de Zagreb viendront ici. Il est également important que nos universités déterminent des domaines où ils peuvent être leader et se spécaliser. Nous avons proposé la création d’un institut des études balkaniques, d’un institut pour l’étude de l’Islam en anglais ou encore d’un institut de l’eau et de l’hydropotentiel.
Est-ce vraiment possible dans notre contexte actuel ? Nous sommes sur la frontière des civilisations. Chaque trouble politique mondial nous concerne directement. Il est temps que ces peuples d’ici comprennent que leurs enfants payent le prix et qu’on doit être au dessus de cela. Nos peuples ont payé le prix fort de toutes les grandes guerres mondiales, ils ont tous perduu leurs enfants. C’est pourquoi nous devons commencer à construire un ère du dialogue entre les civilisations et non pas du conflit. Peu importe notre idéologie ou notre philosophie, personne ne souhaite que son enfant soit tué... L’économie est la meilleure façon pour que nos peuples se détournent du passé. C’est ce que nous souhaitons faire, créer de nouvelles valeurs. Nous invitons tous, toutes les compagnies de tous les ethnies et tous les peuples de la région, c’est la sollution pour notre économie.
Pouvez-vous nous dire qui a confirmé sa participation à SBF ? Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, des leaders de la région ainsi que des délégations du Japon, de Chine, d’Inde. Les Emirats Arabes Unis envoient toutes ses grandes compagnies. La France et les Etats-Unis ont également confirmé leur venue. Sarajevo est sur la bonne voie pour devenir Davos de l’Europe sud-est.
Adis Karadža
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