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INTERVIEW/AMBASSADEUR DE FRANCE EN BH

ROLAND GILLES : "La France a été et est aux côtés de la Bosnie-Herzégovine"

samedi 1er octobre 2011 par BH Info - 0

Par Zehra Sikias

Les militaires français, fort présents durant la guerre, ont cedé leur place aux artistes. La France en Bosnie-Herzégovine, c’est aujourd’hui surtout la culture. La politique n’est jamais loin non plus. En revanche, l’économie est clairement en reste... En poste à Sarajevo depuis un an, SEM Roland Gilles, Ambassadeur de France, le regrette mais l’explique en partie par l’instabilité politique du pays. Ancien patron de la gendarmerie française, ce passionné de cyclisme accepte également de nous parler de sa vie en Bosnie-Herzégovine, ses weekend dans les montagnes, sa perception du Bosnien ou encore son amour pour la muckalica. (TEXTE ET GALERIE PHOTO)

M. l’Ambassadeur, le Collège International Francophone de Sarajevo (CIFS) vient d’ouvrir ses portes et c’est sans doute l’évènement de la rentrée 2011 car la communauté française et francophone de Sarajevo a attendu cela depuis longtemps. Quelles sont les principaux changements qu’apporte le CIFS par rapport à l’école française telle qu’elle existait avant ? Est-ce que la création de cette école est symboliquement importante pour un pays qui depuis l’an dernier a obtenu le statut d’observateur au sein de l’Organisation Internationale de la Francophonie ?

Le Collège International francophone de Sarajevo permettra aux élèves bosniens, français et d’autres nationalités de suivre une scolarité sur le modèle français qui ira dans un avenir prochain jusqu’au baccalauréat. Ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent puisque l’enseignement direct s’arrêtait au primaire. Il sera de toute évidence un puissant levier pour la francophonie à Sarajevo parce qu’il pourra accueillir des élèves qui ne pouvaient pas suivre l’enseignement du français au Lycée, car l’offre de Français en BH et à Sarajevo est réduite de ce point de vue. De plus, le système français prépare dans le respect de la Convention de Bologne à la mobilité étudiante, clef de la réussite.

L’initiative privée de quelques parents d’élèves a contribué beaucoup dans la mise en place du CIFS, ce qui confirme leur confiance en enseignement français. Néanmoins, à travers cet exemple, on a aussi une fois encore l’impression que la France hésite beaucoup pour s’impliquer davantage en Bosnie-Herzégovine et que c’est souvent sous l’impulsion du privé qu’on finit par faire bouger les choses ?

La France est très impliquée à plusieurs niveaux de sa relation bilatérale avec la Bosnie-Herzégovine. Toutefois elle n’a pas vocation ni les moyens pour s’investir dans tous les domaines. Je vous rappelle que dans le cas du CIFS, il y a un apport financier d’un investisseur privé, M. Jean-François Le Roch à qui je rends hommage, mais il y a aussi une forte implication de l’ambassade et de la Mission Laïque Française qui accompagnent ces initiatives qui sont les bienvenues.

Sarajevo 23 novembre : une invitation à la coopération décentralisée

L’ambassade a été très impliquée l’année dernière dans les projets de la coopération décentralisée. Le grand public ne connait pas vraiment de quoi il s’agit concrètement et quels sont les domaines et les régions concernés par cette coopération. Pouvez-vous nous résumer sur quoi porte la coopération décentralisée en BH et quel est son intérêt pour les deux pays ?

La coopération décentralisée est la mise en relation de deux villes ou régions similaires en vue d’un transfert de technologie ou d’une coopération dans un domaine d’activité qui serait commun. Cela peut se traduire par une coopération dans le domaine de la gestion municipale, le traitement des déchets, le traitement des eaux usées, comme c’est le cas entre la région de Gracanica et Fleury les Aubrais ou Gorazde et St Brieuc. Cette coopération peut prendre des formes variées, comme des échanges scolaires, la participation à des manifestations folkloriques ou sportives, l’organisation de tables rondes sur des sujets de société. Quand elle est plus ambitieuse, elle peut déboucher sur des projets économiques ou éducatifs comme la région Auvergne et celle de Fojnica qui cherchent à mettre sur pied un véritable lycée hôtelier. Le Ministère Français des Affaires étrangères et bien entendu l’ambassade sont des partenaires essentiels de cette coopération. Partenaires financiers, puisque les projets de coopération sont financés en grande partie par des fonds publics et des partenariats visant à évaluer les projets, sans omettre le soutien d’une expertise à travers les services de l’ambassade. Notre prochain rendez vous aura lieu le 23 novembre à Sarajevo où je voudrais inviter des Maires bosniens pour définir avec eux notre prochaine « feuille de route ».

Un autre projet qui a retenu l’attention est ’Sarajevo accueille le grand Paris’ prévu pour septembre 2012. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le projet et s’il avance comme prévu ?

A l’origine de ce projet, il y a un Français : M. Jean-François Daoulas et c’est lui le pilote de ce projet qui devrait – et je m’en réjouis déjà – réunir à l’automne 2012 de très grands noms de l’architecture de l’urbanisme mais aussi des responsables politiques français importants. Il ne me revient pas de vous en dire plus mais je suis très attentivement, par l’intermédiaire de mes services, le développement de ce projet et sa montée en puissance. Je félicite M. Daoulas des avancées significatives obtenues. Ce rendez vous sera un grand rendez vous et nous aurons l’occasion d’en reparler et je peux déjà vous confirmer que le soutien de cette Ambassade lui est acquis.

Economie : La France est traditionnellement peu présente

L’ambassade de France investi beaucoup dans la culture. Dans toutes les grandes villes du pays, la France dispose d’un centre culturel et organise des évènements importants comme un festival de théâtre à Mostar, un festival à Stolac, de nombreux évènements à Sarajevo par le biais du centre culturel français André Malraux. Ce qui est une excellente chose car la France est un haut lieu de la culture. En revanche, sur le plan de l’économie, c’est tout l’inverse. Qu’est-ce qu’il faut faire pour attirer le capital français en Bosnie ?

La culture est un domaine dans lequel la France est présente en Bosnie-Herzégovine à travers les activités propres de l’Institut français et avec ses partenaires du Centre André Malraux et les partenaires locaux comme le Festival du film de Sarajevo avec lequel nous avons signé une convention triennale. Pour ce qui est de la présence économique, on peut regretter une certaine absence de la France. Cela est dû à plusieurs facteurs, les pays qui réussissent le mieux en BH sont des pays qui ont un fort tissu industriel qui repose sur les PME, PMI qui sont la taille la mieux adaptée pour un pays comme la BH. Le tissu économique français met plutôt en avant, ici, de grands groupes industriels ou de services sur un marché malheureusement bien étroit. L’autre aspect est la proximité géographique. Les pays qui investissent le plus en BH sont des pays de proximité ou qui ont des liens historiques anciens comme l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la Turquie. La France n’est traditionnellement pas très présente dans cette région. La 3e raison est l’effet dissuasif de la législation compliquée qui prévaut en BH et qui refroidit les enthousiasmes des investisseurs potentiels. Nous essayons néanmoins de guetter les opportunités quand elles se présentent et d’inciter les industriels français à prospecter ce marché qui a de grandes possibilités mais c’est un travail qui s’étalera dans le temps.

Sur le plan politique, après un engagement fort de la France durant le conflit 92-95, on aurait pu imaginer qu’elle allait jouer un rôle plus important en Bosnie-Herzégovine. Or on a plutôt l’impression qu’elle est un peu en retrait. Comment décririez-vous le rôle que la France joue dans les Balkans occidentaux, en particulier en Bosnie-Herzégovine ?

La France a été et est aux côtés de la Bosnie-Herzégovine. Tout le monde connaît le prix de cet engagement. Depuis la conclusion des accords de Dayton /Paris la France joue pleinement son rôle au sein du Peace Implementation Council et de l’UE. Sur le plan bilatéral, la France entretient d’excellentes relations avec la Bosnie-Herzégovine et n’est nullement en retrait bien au contraire. Ceci dit, il est un peu triste de constater qu’un an après les élections le Conseil des Ministres n’a pas été formé et que la progression de la Bosnie-Herzégovine sur le chemin de l’UE et de l’OTAN est stoppée faute d’accord entre les parties sur les conditions à remplir. Nous ne pouvons que le déplorer mais ni la France, ni la Communauté Internationale ne peuvent se substituer à la BH dans le choix de ses décisions ou dans l’absence de décision.

L'ambassadeur français à sa résidence avec une vue de Sarajevo derrière lui.

M. l’Ambassadeur, vous êtes arrivé en Bosnie-Herzégovine il y a un an à peu près. Quelles étaient vos premières impressions et comment vous voyez le pays aujourd’hui ? Quelle est, selon vous, la plus grande richesse de la Bosnie-Herzégovine ?

Je suis arrivé il y a un an sans préjugé aucun et curieux de tout. Mes premières impressions ont été plutôt positives car, vous savez, l’image de la Bosnie Herzégovine est encore, dans la conscience collective hors des frontières, trop liée au passé et à cette guerre qui a marqué les esprits. J’ai découvert en allant à sa rencontre un pays qui ne manque pas d’atouts, des gens accueillants. Aujourd’hui, je suis bien sûr en prise sur la "vraie" vie du pays qui souffre de manque de solutions politiques, c’est le principal problème et il conditionne le reste c’est-à-dire le développement économique, les investissements, la réalisation de projets d’équipements, la cohésion de la société aussi ; il y a du travail ! Mais je suis d’un naturel positif et je veux voir deux atouts majeurs pour le pays : une nature riche et belle qui doit être valorisée, une population qui a eu et qui a en elle les qualités pour aller loin vers l’avant ; et l’humour en plus …

Est-ce que vous vous plaisez en Bosnie ? Quels sont les choses que vous appréciez particulièrement ?

Ma compagne et moi nous plaisons beaucoup en Bosnie Herzégovine. Nous avons déjà sillonné beaucoup de régions, de villes, de villages. Nous apprenons la langue et pouvons déjà converser, c’est important. Nous apprécions notamment la nature, les traditions, les manifestations culturelles nombreuses… Mais il nous reste encore beaucoup à découvrir !

Quelle est votre ville préférée en BH ?

La question est difficile ! Je n’ai pas de ville préférée ; j’éprouve une vive sensation en marchant dans la vieille ville animée de Sarajevo, une vraie émotion chaque fois que je visite un lieu chargé d’histoire comme Mostar ou Pocitelj… Mais j’affectionne aussi énormément la nature et les paysages de montagne que je parcours chaque weekend ; nous avons été séduits par les rives du Vrbas et de la Neretva et par de nombreux villages dans les massifs, où la vie est sans doute dure mais la nature préservée.

Treskavica : Bosnie Herzégovine offre une mine d'or pour la pratique du VTT.

Quels sont les trois adjectifs qui caractérisent le mieux un Bosnien selon vous ?

Trois adjectifs ou traits de caractère pour un Bosnien : stoïque, nostalgique, doué pour l’humour.

Quel est votre plat bosnien préféré ?

Mon plat bosnien préféré : la muckalica !

Vous êtes un sportif de haut niveau, amoureux du cyclisme. Est-ce que vous trouvez ce qu’il faut en Bosnie pour pratiquer ce sport ?

Sur la route, un peu, mais j’avoue qu’il faut être très attentif au comportement des automobilistes qui n’ont pas l’habitude de la cohabitation avec les cyclistes. C’est une question de temps car le cyclisme se développera, j’en suis sûr. La Bosnie Herzégovine offre en revanche une ’mine d’or’ pour la pratique du VTT. Si on est sportif, on peut vivre des moments extraordinaires et se remplir les yeux d’images merveilleuses. Aller en vélo à Lukomir, parcourir le massif de Visocica et découvrir les stecak de Luka, monter à Prokosko Jezero, voir fleurir les prairies de Bukovik au printemps apportent de vraies joies !

Quel est votre coin de la France en Bosnie ?

Partout où il y a de la tolérance, une chaleureuse compagnie et de la bonne humeur ! Et j’en trouve !

Est-ce que Sarajevo mérite de devenir la capitale européenne de la culture 2014 ?

Je le lui souhaite, le symbole serait fort.

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L’ambassadeur français à sa résidence avec une vue de Sarajevo derrière lui.

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