La demande de visa a été complétée, si tout se passe comme prévu, l’attaquant de Wolfsburg Edin Džeko sera la nouvelle recrue de Manchester City, contre un chèque d’environ 30 millions d’euros. Malgré un dernier appel du pied à la Juventus Turin, qui l’a convoité pendant deux saisons, c’est bel et bien en Angleterre que le buteur bosniaque va poser ses valises, un championnat dont tout le monde dit qu’il lui conviendra à merveille.

Pourtant, c’est peu dire que le destin a été capricieux avec Dzeko. A seulement six ans, sa maison est détruite pendant le siège de Sarajevo. Toute sa famille se réfugiera chez sa grand-mère pendant trois longues années au cours desquelles il ne pourra pas jouer au foot dans la rue, comme tous les enfants du monde. "Nous vivions à quinze dans un appartement de 35 mètres carré, avec tous les jours la peur que quelqu’un que nous connaissions se fasse tuer. Je ne pouvais pas jouer au foot à cause des snipers, mais à la fin de la guerre, j’étais beaucoup plus fort mentalement", raconte-t-il.
De la force mentale, il va en falloir. Lorsqu’il arrive au FK Zeljeznicar Sarajevo à l’âge de treize ans, ses qualités techniques ne sautent pas aux yeux. Et dans un pays où traditionnellement la finesse et la rapidité sont les qualités valorisées dans la formation, Dzeko fait tâche. On se moque de cette grande tige lente et maladroite, on le surnomme même ’Kloc’, qui signifie lampadaire. Alors, à l’été 2005, quand le club tchèque de Teplice offre 40.000 euros pour le joueur de 19 ans, les dirigeants du Zeljo pensent faire une bonne affaire. "On a cru qu’on avait gagné au loto" raconte l’un d’eux.
Il faut dire que Dzeko joue milieu offensif et non attaquant. Ses performances sont quelconques et il ne parvient pas à exprimer son potentiel. En revanche, dans un pays où Jan Koller a fait la pluie et le beau temps dans le rôle d’attaquant pivot, on comprend vite comment utiliser le mètre 92 du Bosniaque. En deux saisons à Teplice, il se révèle, inscrit 16 buts en 28 matchs lors de la saison 2006-2007, et convainc Félix Magath, le manager de Wolfsburg, de mettre 4 millions d’euros sur la table pour le recruter, soit cent fois la mise de départ pour Teplice ! Avec le club allemand, il transforme en but les offrandes de son compatriote Misimovic avant le départ de celui-ci à Galatasaray l’été dernier. En deux saisons et demi avec les Loups, Dzeko facture 58 buts et 31 passes décisives, un titre de champion d’Allemagne, et un titre de meilleur buteur du championnat.
Le nouveau buteur de City est devenu le symbole de la nouvelle génération de joueurs en Bosnie-Herzégovine, celle des Pjanic, Ibisevic, Misimovic, Salihovic, qui a failli se qualifier pour la Coupe du monde l’été dernier, et qui a l’avenir devant elle. Son histoire personnelle a créé une relation spéciale entre lui et le peuple bosniaque. Malgré sa réussite fulgurante, Dzeko est resté un type abordable et d’une sincère gentillesse. Avant le match décisif en Estonie en octobre 2009, toute l’équipe était réunie sous un beau soleil au centre d’Ilidza, équivalent de Clairefontaine. Sauf que le centre était ouvert au public, et que Dzeko a passé l’après-midi à se faire prendre en photo avec des enfants, tout en répondant aux questions des journalistes, sans que l’on sache très bien qui de lui ou des enfants était le plus heureux.
(PS : on dit bosnien pour les citoyens de Bosnie-Herzégovine (Croates, Bosniaques et Serbes de Bosnie), et Bosniaque pour les Musulmans. Dzeko est Bosniaque. Par ailleurs, l’équipe de Bosnie, bien que mixte, est soutenue presque exclusivement par les Bosniaques.)
Loïc TREGOURES Eurosport.fr