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Parole, mon logement social

vendredi 2 novembre 2012 par BH Info   Partagez sur FacebookTwittez cette information

Livre de poèmes de Tomislav Dretar... Les poèmes de ce nouveau recueil, pétris d’humour et de nostalgie, d’autodérision, de philosophie et d’amertume, sont l’œuvre de l’exilé venu d’un pays éclaté se réfugier dans un pays en perpétuelle menace d’éclatement...

Parole, mon logement social

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Livre de poèmes de Tomislav Dretar

Prix : 15,00 EUR

(Frais d’envoi inclus)

Editons M.E.O.

Poèmes, 2010

Traduit du croate par l’auteur et Gérard Adam (inédit en croate)

En couverture : « Chant », tableau de Monique Thomassettie (volet droit d’un triptyque), 1995

Nombre de pages : 98

ISBN : 978-2-930333-34-2

Livre

Les poèmes de ce nouveau recueil, pétris d’humour et de nostalgie, d’autodérision, de philosophie et d’amertume, sont l’œuvre de l’exilé venu d’un pays éclaté se réfugier dans un pays en perpétuelle menace d’éclatement et qui déambule dans les rues de Bruxelles, observant sa terre d’accueil avec reconnaissance, amusement et perplexité, ainsi que de l’ex-professeur d’université émargeant au CPAS (“Centre Public d’Action Sociale”) avant de se faire jardinier puis de se reconvertir en ce qu’on nomme pudiquement “laborantin” ou “technicien de surface” à… l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve.

Extraits

_ Je suis allé à la ville de Bruxelles
Demander un logement social
Ils m’ont donné leur parole
Et depuis j’habite la parole
Mon logement social
Solide protecteur et gratuit
Qui me chauffe me protège de la pluie
Si vaste que toute ma famille
Avec plaisir y mange à la table humanitaire
De la capitale européenne

Ce qu’ils en ont dit...

« Je suis allé à la ville de Bruxelles / Demander un logement social / Ils m’ont donné leur parole / Et depuis j’habite la parole… » Ainsi commence le nouveau recueil de Tomislav Dretar. L’auteur interrompt la reconstitution de son œuvre éparpillée durant la guerre en Bosnie pour nous offrir ces poèmes écrits dans un Bruxelles qui, de lieu d’exil, devient sa deuxième patrie. Le demandeur d’asile émargeant au CPAS, l’ex-professeur à l’université de Bihać devenu technicien de surface à Louvain-la-Neuve, arpente sa nouvelle ville et sa nouvelle vie, détaille les lieux et les rivages avec reconnaissance, perplexité, angoisse parfois (« Je verse des larmes sur mon pauvre Bruxelles, / Mais elle n’en verse plus sur moi, / Elle m’a envoyé une convocation / Grosse de l’éternelle angoisse / Qu’à l’heure dite au guichet je recevrai / L’ordre d’expulsion des personnes / Sans permis de séjour en règle. »)
II s’étonne comme un faux Candide, s’amuse quelquefois : « Le vicomte Christian de Duve dans La poussière de la vie / N’a trouvé que des bactéries / Et une pelisse en chinchilla pour sa femme / Lors d’une merveilleuse journée à Stockolm / À voir la lumière polaire se réveiller très loin / De l’existence de Dieu. » Il philosophe, cultive l’autodérision « Le 2 mars chaussée de Boondael / Le soleil avait les dents coupantes et l’œil inquisiteur / Pour fixer sans pitié mon gargouillant estomac / Et fouiller ma poche en quête d’une thune et de deux trous. / Le froid claquait des dents entre la caserne / De gendarmerie et mon cher CPAS / En ce jour où travaillant au noir j’avais accompli l’exploit / De mener à terme cinquante années d’une vie tortueuse... » Et il refoule sa nostalgie en lisant en catimini « Le Pain quotidien » de William Cliff.
Chaleureux, drôle, émouvant.
Michel Joiret. Le Non-Dit.

***

Né à Nova Gradiška (Croatie), Tomislav Dretar était professeur à l’université de Bihać (Bosnie-Herzégovine), ainsi qu’un poète reconnu, quand la guerre a bouleversé sa vie. Menacé de mort par les ultranationalistes pour sa fidélité au gouvernement bosnien, il a obtenu l’asile politique en Belgique, puis la nationalité belge... Voilà ce qu’on peut lire en quatrième de couverture à propos d’un poète, que j’avais eu le plaisir de présenter à Namur (en 2008) lors du Festival International de Poésie Wallonie-Bruxelles. Il reste à ajouter à cela que Dretar est également traducteur (traduction du français en croate et du croate en bosniaque ou français : Michel Lambert, William Cliff, Monique Thomassettie, François Emmanuel, Admiral Mahić, Dražen Katunarić...)
_ J’ai mon chemin dont l’asile est Jésus-Christ
Je suis taoïste j’adore les femmes et j’en ai deux
la poésie comme explosion la solitude en guise d’orgie
Je suis donc un bigame consacré pratiquant
Vive la praxis contre la contemplation...

Résidant aujourd’hui à Drogenbos, Dretar cultive le paradoxe d’avoir fui un pays éclaté par la guerre pour rejoindre un pays au bord de la scission. Ce paradoxe est d’ailleurs évoqué dans un recueil faisant la part belle à une ville de Bruxelles servant de prétexte à l’auteur pour dresser l’état du monde comme il va... Avec un humour caustique et un sens de l’autodérision saisissant, le poète narre avec jubilation les scènes d’une vie quotidienne dont il connaît les charmes mais aussi les dérives. Mais Dretar n’est pas pour autant un homme désabusé voire aigri et s’il n’hésite pas à fustiger les dérives d’un monde capturé par le capital, il s’extasie plus souvent qu’à son tour devant les forces et les « beaux fruits » de la vie.
_ Je verse des larmes sur mon pauvre Bruxelles
Mais elle n’en verse plus pour moi,
Elle m’a envoyé une convocation
Grosse de /’éternelle angoisse
Qu’à l’heure dite au guichet je recevrai
L’ordre d’expulsion des personnes
Sans permis de séjour en règle

Si, à l’instar du regretté Richard Brautigan, le poète prend ici un malin plaisir à tourner en dérision le moindre petit événement quotidien, il appréhende également ce même réel avec l’œil d’un philosophe. Parmi les thèmes évoqués citons : l’exil, la fuite du temps, l’exclusion sociale, le principe d’identité, le statut de la parole, du poète et de la poésie... Àtravers ce recueil, Dretar met finalement le monde en question et, pour notre plus grand plaisir, nous fait partager avec humour et sincérité sa foi inébranlable en une vie qu’il habille de son... désir sans fin.
Et si la Belgique se scindait ?
Où s’installeraient les moules
Et s’en raient les frites ?
Vers où coulerait la bière
Synthèse de la beauté belge ?

Traversées N° 62

***

Croate, Belge, professeur à l’Université de Bihać (Bosnie-Herzégovine), Tomislav Dretar est un poète qui se traduit en français, aidé de son ami éditeur Gérard Adam, qui l’a fait connaître au public. Voici « Parole, mon logement social », publié en octobre 2010 (98 grandes pages, Ed. M.E.O.), après « Aux portes de l’inaccessible », ibid., 2009.
L’humour, le naturalisme social, l’écriture baroque font de l’univers de Tomo un monde attentif aux fibres urbaines, aux reliefs nombreux de la ville, entre murs et consciences.
Sa manière d’alléger le réel , qui lui a été si lourd, puisqu’il dut s’exiler ici, à Bruxelles, sous ces ciels de pluie et de brume, nous vaut des passages très poétiques autant qu’humains, pour qui veut lire en poésie autre chose que de la réalité plaquée et morne. Voilà un poète qui sait ce qu’écrire poésie veut dire. Il a du souffle, de l’inventivité, des ressources en dépit des grisailles :
_ Le ciel est si généreux à Bruxelles chaque jour il le couvre de brume
Lui lave le visage toute la nuit pour qu’il ait des pensées plus claires
(…)
La parole est mon logement social
Je l’ai dit je suis poète
Et il est naturel pour un poète d’habiter la parole
Acide, notre auteur l’est. Ironique, certes. Voltairien, souvent. Humain, jusqu’à la lie :
La tristesse bosnienne ne monte pas au ciel...
(…)
la Foire du Livre
N’est qu’une cohue autour de livres au rabais

On le comprend : qu’il n’aime pas la fausse littérature qui s’étale de Nothomb en Schmitt, cela va de soi, quoiqu’il faille des pages pour tous les yeux, n’empêche, sa poésie n’est pas au rabais, elle. Elle suscite, elle enfle, elle s’érotise, elle s’expose :
_ Et moi je ne serais pas poète si une fille aux seins pointus
Ne m’avait donné à sucer la différence de plaisir entre
La catharsis de l’esprit et du purgatoire céleste
un rien plus bas que le coeur

Lecteur de Cliff, Brüciel, auteur entre autres de « L’iris audacieux » (1980), est aujourd’hui le récitant d’un Bruxelles, non idéalisé, dont seules les brocantes donnent l’illusion d’une vie peu chère. Bruxelles vu par un poète européen, qui a toujours le souci d’élever le débat ou la poésie au débat réflexif, sans tomber dans les niaiseries idéologiques qui s’entendent çà et là, ailleurs.
Philippe Leuckx, Le Journal des Poètes.

L’auteur


Né à Nova Gradiška (Croatie) en 1945, Tomislav Dretar a vécu la plus grande partie de sa vie en Bosnie-Herzégovine. Titulaire d’un diplôme de la Faculté pédagogique de Rijeka et d’un troisième cycle à l’Université de Sarajevo, il a été professeur à l’Université de Bihać (Bosnie-Herzégovine) jusqu’à l’éclatement de la guerre en 1992.
Poète et critique, il a publié une dizaine de recueils, dont des extraits figurent dans plusieurs anthologies bosniennes, ainsi que de nombreux articles en journaux et revues.
Au début de la guerre, il joue un rôle important dans la défense de l’enclave de Bihać. Menacé d’assassinat pour avoir refusé la rupture de l’alliance croato-bosniaque, il parvient à fuir l’enclaves, à traverser clandestinement la Croatie et à obtenir l’asile politique en Belgique. Naturalisé belge, il accepte un travail de jardinier, puis de laborantin à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve, ce qui ne l’ empêche pas d’étudier le français et de traduire en croate un recueil de poèmes de Monique Thomassettie, un récit de François Emmanuel et des nouvelles de Michel Lambert. Il a également traduit des textes de Charles Baudelaire, Georges Perec, Jean Cayrol, Xavier Deutsh, William Cliff, Paul Celan, Marc Quaghebeur, Carl Guesmer… Il a enfin traduit (à partir du français) la Bible (version œcuménique) et le Coran, publiés sur le net.
Il collabore avec Gérard Adam à la traduction en français d’auteurs croates et bosniens (Admiral Mahić, Dražen Katunarić, Karmen Media, Lana Derkač, Žarko Milenić…)
Parallèlement, il continue d’écrire, et tente de reconstituer son œuvre disparue durant la guerre, à partir d’exemplaires conservés dans les bibliothèques. Deux ouvrages ont déjà paru : “Douleur, rhapsodie tsigane”, Cholé des Lys, Barry, 2007 et “Aux Portes de l’Inaccessible”, M.E.O., Bruxelles, 2009, tous deux en version bilingue croate-français)
Tomislav Dretar a été l’hôte du 5e Festival International de Poésie Wallonie-Bruxelles à Namur en 2009.
Il sera l’hôte des prestigieuses Biennales Internationales de Poésie en octobre 2012.

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