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Mirna Bosna

mardi 28 mars 2017 par BH Info  |  2 Partagez sur FacebookTwittez cette information

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Suada Tozo

’Mirna Bosna !’ est une expression idiomatique de la langue bosnienne utilisée par tout le monde en ex-Yougoslavie. L’adjectif ’mirna’ signifie calme, tranquille, apaisée. ’Mir’ veut dire ’la paix’.

Les origines de l’expression sont obscures, ses interprétations se complètent. Précédée par la préposition ’et’, suivi d’une courte pause, elle parachève une phrase, un paragraphe, un discours, un exposé. Elle acte la solution d’un problème, d’une dispute, d’un casse-tête. Il y a dans cette expression un peu de ’Et voilà !’, un brin de ’Adjugé !’ mais c’est aussi une sorte d’Amen. Estampillée par le sceau de “Mirna Bosna” la solution trouvée est garantie la plus satisfaisante pour les partis impliqués. En principe, il n’y a pas de raison de contestation. Cela nous emmene à penser que la Bosnie aspire depuis toujours à la recherche de la paix, mais la trouve rarement, et ses périodes sont malheureusement de courte durée.

Si un différend est résolu par une action brutale comme celle du noeud gordien, sa solution ne peut pas recevoir le label ’’Mirna Bosna". Par conséquent, le coup de hache d’Alexandre le Grand dénouant le noeud gordien qui lui a permis, selon la légende, de devenir le maître de l’Asie, ne correspond pas à l’esprit de l’expression.

Les équivalents de l’expression bosnienne serait donc ’Et voilà !’ en français, et, ’And Bob’s your uncle’, en anglais. Ces deux expressions aussi concluent la réalisation d’une tâche ou d’une action en plusieurs étapes nécessitant de se conformer à des instructions. Ces expressions concluent aussi un discours, une suite d’explications, de consignes, mais principalement dans les situations de la vie pratique, lors des apprentissages. Ces deux équivalents de ’Mirna Bosna’ impliquent également que la solution s’est averée plus simple que prévu. ’’Mirna Bosna’ n’a pas cette prétention, pour plusieurs raisons. Elle conclue des problèmes compliqués, matériels certes, mais souvent d’ordre éthique ou moral. L’expression sous entend que les protagonistes consentent à faire des compromis et que personne ne sort de l’affaire trompé ou lésé.

Il n’est pas certain que le célèbre jugement du Roi Salomon concluant le litige opposant les deux femmes prétendant chacune d’être la mère d’un bébé pourrait être clos par un ’Mirna Bosna’. Certes, à la fin de l’histoire le jugement du sage Roi Salomon est juste, la vraie mère récupère l’enfant, mais on ne sait rien des frustrations, du mécontement de la tricheuse et qu’elle pourrait éventuellement récidiver. En demandant de partager le bébé en deux, car il lui été impossible d’établir la vérité, le Roi Salomon signifie que la solution idéale passerait par le partage des torts entre les parties. Il me semble que les accords de Dayton se soient inspirés de ce principe en mettant des agressés et des agresseurs dans le même sac. En partageant le territoire de la Bosnie en deux entités, entre les trois belligérants, les accords de Dayton ont certes mis fin à la guerre. ’Mirna Bosna’ ?

La Bosnie-Herzégovine, avec sa direction tricephale incapable de communiquer, d’agir, ces deux entités qui se regardent en chien de faïence, a décroché le titre du pays le plus bureaucratisé d’Europe ! On compte, pour moins de 4 millions d’habitants, 600 parlementaires et plus de 200 ministres. Dans cette structure complexe, nul ne sait qui s’occupe de quoi. L’ancien président macédonien a dit lors d’une visite à Sarajevo : « J’ai eu l’occasion de rencontrer des représentants des autorités à tous les niveaux. Et, je dois l’avouer, je n’ai jamais compris qui est responsable de quoi. »

Certains préconisent de modifier les accords de Dayton, d’autres veulent les abolir, les troisièmes veulent les amender.

Nous avons tous essayé de résoudre des problèmes que l’on figure à l’aide des allumettes. Ils sont enoncés ainsi ’Pour arriver au résultat, il faut bouger une, quelquefois deux, rarement trois allumettes.’ Je me souviens surtout d’un problème de ce style qui semblait impossible à résoudre car on a tendance à penser de manière conventionnelle, en se cantonant à des limites d’une surface biplane. On oubliait qu’on vivait et évoluait dans un espace tridimensionnel !

De la même façon, pour tous ceux qui se demandent comment résoudre le casse-tête bosnien, voilà un conseil : Oubliez les accords de Dayton, prenez de la hauteur, n’ayez pas peur, désobeissez, prenez des risques, appliquez vous surtout pour que la Bosnie-Herzégovine devienne membre de l’Union Européenne. I … Mirna Bosna.


par Suada Tozo

Vos réactions

  • Merci beaucoup pour votre soutien et actions en faveur d’une Bosnie apaisée. Votre témoignage est à la fois précieux et riche en informations. Auriez-vous une version pdf des numéros du journal Mirna Bosna que vous évoquez ? Si vous les avez online, je pourrais incorporer leur liens et rajouter un PS à mon article en vous citant. Tout à fait d’accord avec vous : comme la Bosnie, l’Union Européenne devrait être réformée. L’idée est de réussir à le faire sans leur (nous) faire mal. Bien cordialement, Suada

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  • Mirna Bosna !
    C’est le nom que nous avions choisi en 1992 pour notre petit journal (à Genève) solidaire avec les Bosniaques et Bosniens qui luttaient pour l’unité du pays face aux partisans des séparations ethniques. Nous avions édité 5 numéros en français et 2 en anglais, pleins d’informations que nous récoltions auprès des réfugiés et de la Mission de Bosnie auprès de l’ONU, ainsi que des conseillers bosniaques lors des négociations dites de paix qui avaient de temps en temps lieu à Genève.
    Nous avons assez rapidement développé des analyses et prises de position très différentes du discours officiel, ce qui fait que les médias nous ignoraient. Pourtant, à quelques-uns, nous avions joué un rôle important afin de contrer la propagande serbe, très influente en Suisse et avions alors largement diffusé « Mirna Bosna » en France, par le biais du mouvement « Citoyens-citoyennes pour la Bosnie », opposé à la politique pro-serbe de Mitterand.
    Nous avions aussi négocié les autorisations de manifestations (dès fois plus de 3000 Bosniaques présents) devant l’ONU, mené beaucoup d’actions de soutien et tenu des stands en ville pour la vente de notre journal « Mirna Bosna », malgré le peu d’intérêt de la population.
    S’il y a eu un sursaut pour Srebrenica, l’attention pour la Bosnie-Herzégovine reste en général très limité, ce qui est inquiétant car ce pays est loin d’être stabilisé, entravé par le montage irrationnel des Accords de Dayton.
    La « Mirna Bosna » reste à concrétiser, dans une perspective d’une adhésion à l’Union européenne qui devrait elle aussi, comme la Bosnie-Herzégovine, être réformée.

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