mardi 25 mai 2010 par BH Info - 0
Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le Haut Représentant de la BH et Représentant spécial de l’UE Valentin Inzko a dressé un rapport sévère, notamment sur l’attitude "nationaliste et aggressive" des autorités de la Republika Srpska.
Dans le 37e rapport du Haut Représentant en BH, présenté hier devant le Conseil de sécurité, M. Inzko a expliqué qu’en dépit de progrès enregistrés concernant les aspirations euro-atlantiques du pays et ses relations avec les États voisins, le climat politique demeurait "dans l’ensemble délétère".
"Des actions contraires à l’Accord de Dayton se sont poursuivies et les diatribes nationalistes et agressives" se sont multipliées, a-t-il déclaré, précisant que les autorités de la Republika Srpska s’attachaient à "saper les institutions de l’État", en menaçant d’organiser un référendum sur l’Accord de paix de Dayton et sur le droit du Haut-Représentant à user de son pouvoir exécutif.
Si, au cours des 6 mois écoulés, les autorités de BH n’ont guère progressé vers l’adoption et la mise en œuvre des réformes indispensables, des avancées ont été en revanche obtenues pour ce qui est des conditions de la libéralisation du régime d’octroi de visas par les pays de l’Union européenne. De même, a affirmé M. Inzko, le 23 avril dernier, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a accepté la demande formulée par la BH de participation au Plan d’adhésion, sous réserve que soit réglée la question des biens militaires immeubles.
Le Haut-Représentant a estimé qu’un autre facteur est venu renforcer les progrès de la BH au cours de la période considérée, à savoir l’amélioration récente de la coopération régionale, et, en conséquence, des perspectives de réconciliation dans les Balkans occidentaux. Sur le plan régional, a noté le Secrétaire général de l’ONU, la situation s’est améliorée du fait de l’esprit constructif dont ont fait preuve la Croatie, le Monténégro, la Serbie et la Turquie vis-à-vis de la Bosnie-Herzégovine
Les élections générales d’octobre prochain, a-t-il dit, pourraient contribuer à créer un élan en faveur d’un changement en Bosnie-Herzégovine, en particulier si les jeunes électeurs se rendent en masse aux urnes. Cette évolution aura lieu, a-t-il poursuivi, "si la communauté internationale reste concentrée sur la BH, le respect de l’Accord de Dayton, et continue de renforcer une atmosphère constructive pour les réformes constitutionnelles et autres".
Le Président de la Présidence de la BH, M. Haris Silajdžić, a, quant à lui, souligné qu’en dépit des progrès réalisés, les principaux points de l’Accord de paix de Dayton n’avaient pas été appliqués. "Cet Accord n’a cessé d’être ajusté pour répondre à ’la situation sur le terrain’, ce qui a conduit à des violations systématiques des dispositions de l’Accord", a-t-il regretté.
La plupart des problèmes rencontrés par la BH aujourd’hui sont imputables, selon lui, à la non-application de l’Accord de Dayton dans son intégralité et plus particulièrement de l’annexe 7 qui garantit le droit de tous les réfugiés et des personnes déplacées au retour dans leurs foyers en toute sécurité. Aujourd’hui, uniquement 8% des 46% de non-Serbes qui vivaient dans l’entité Republika Srpska avant d’être tués ou forcés de fuir, s’y trouvent encore. Pour le Président, ce type de situation cause un problème constitutionnel plus grave : celui de l’existence d’un mécanisme par lequel un groupe ethnique d’une entité bloque l’État sans aucune contribution de l’autre groupe. Dix députés serbes de la Republika Srpska, qui ne représentent que 22% du nombre total de députés du Parlement, ont recouru au vote pour bloquer plus de 260 propositions de lois au cours des 13 dernières années, a-t-il fait remarquer.
Le deuxième problème fondamental, a estimé M. Silajdžić, est la question des biens de l’État, qui réside dans le fait que les droits conférés à la BH ont été écartés au profit d’un compromis politique exigé par la ’réalité sur le terrain’. Le Président a considéré qu’il était inacceptable de chercher un compromis politique ou un consensus avec ceux qui bloquent l’application de la décision exécutoire de la Cour d’État de la Bosnie-Herzégovine sur cette question.
Le représentant de la Fédération de Russie a, de son côté, estimé que le rapport du Haut-Représentant n’était pas équilibré et traitait de manière biaisée l’entité et la population serbes de Bosnie-Herzégovine. Dans l’ensemble, la situation en Bosnie-Herzégovine est satisfaisante, a-t-il jugé, notant que les réformes devraient être exclusivement réalisées sur la base des décisions approuvées par toutes les entités du pays.
La représentante des États-Unis a mis l’accent sur la nécessité de réduire le fossé qui sépare les différentes communautés ethniques du pays. Les dirigeants de la BH doivent, a-t-elle souligné, travailler au-delà des lignes partisanes. "Un honnête compromis vaut mieux qu’une rhétorique d’un autre âge ou qu’une intolérance stérile", a déclaré pour sa part le délégué de la France, Gérard Aroud.
Le représentant de l’Autriche a regretté le manque ou la lenteur des progrès sur certaines réformes qui auraient dû être accomplies depuis longtemps, notamment les obstructions délibérées au fonctionnement de l’État.
Le représentant de l’Espagne, a encouragé, au nom de l’Union européenne, les progrès que la Bosnie-Herzégovine continuait de déployer sur la voie de son intégration future à l’Union européenne. Il a également salué les développements positifs en termes de coopération régionale dans les Balkans occidentaux et les engagements constructifs pris par la Serbie et la Croatie ainsi que le rôle actif de la Turquie.
Le délégué de la Turquie a en effet confirmé que son pays déployait tous les efforts possibles pour faciliter la coopération de la Bosnie-Herzégovine dans la région. La Déclaration d’Istanbul est un pas important pour faciliter les relations entre la Bosnie-Herzégovine et la Serbie, mais aussi pour le dialogue régional, a-t-il dit.
Son homologue de la Serbie a rappelé que son pays était disposé à établir une coopération étroite dans tous les domaines d’intérêt mutuel, en particulier en vue d’instaurer la paix, la stabilité et la prospérité dans les Balkans et de poursuivre l’objectif commun d’adhérer à l’Union européenne. Pour le représentant de la Croatie, la lutte contre l’impunité est une étape incontournable pour la normalisation de la situation en Bosnie-Herzégovine. Il a ainsi mis l’accent sur la nécessité de traduire les deux fugitifs, Ratko Mladić et Goran Hadzić, devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).
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