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Le général Morillon, persona non grata à Srebrenica

vendredi 3 septembre 2010 par BH Info - 2

De retour à Srebrenica après 17 ans pour une visite privée, le général français Philippe Morillon n’a pas pu visiter le centre mémorial de Potocari, littéralement expulsé par les Mères de Srebrenica.

"Morillon sait qu’il n’est pas le bienvenu. Il n’a pas osé nous rencontrer, il est venu avant que prévu. Lorsqu’on l’a vu dans le centre mémorial, nous l’avons expulsé. C’est notre centre mémorial, il est interdit aux responsables du génocide à Srebrenica", a expliqué Hatidža Mehmedović, présidente des Mères de Srebrenica au journaliste de l’agence Fena.

"Morillon est l’un de ceux qui aurait pu empêcher le génocide et qui ne l’a pas fait. Nous considérons qu’il est responsable, c’est pourquoi nous avons agi de cette façon", a-t-elle ajouté.

En mars 1993, le général de l’UNPROFOR Philippe Morillon a été retenu de force par les femmes de Srebrenica durant 2 jours. Il a été relâché une fois que la région a été proclamée "zone libre", sous la protection de l’ONU.

Le général Morillon, debout sur un blindé, avait alors promis aux réfugiés de l’enclave : « Je ne vous abandonnerai jamais. » La scène avait fait le tour du monde. Srebrenica était devenue zone de sécurité de l’Onu. « Ma mission s’est achevée le 12 juillet 1993. Tout ce qui s’est passé après ? Je comprends la révolte de ces femmes. Mais qu’elles me rendent responsables, ça, je ne peux pas l’accepter », a-t-il déclaré.

En juillet 1995, sous les yeux des soldats de l’ONU, la ville a été occupée par les Serbes et vidée de sa population masculine. Plus de 8.000 garçons et hommes ont été tués en quelques jours. Un massacre qualifié de génocide par la Cour Internationale de Justice.

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2 messages

  • Le général Morillon, persona non grata à Srebrenica 4 septembre 2010 15:26, par Florence Hartmann

    Il est vrai que Philippe Morillon, l’ancien général qui a commandé la FORPRONU en Bosnie de septembre 1992 à juillet 1993 a été conspué par les familles des victimes au cimetière de Srebrenica. Il est vrai aussi que la visite de Morillon au Mémorial de Potocari ne s’est pas limitée à cet incident. Je regrette donc qu’un site francophone ne nous offre pas une couverture plus complète de cette visite. Pourquoi une information devrait en chasser une autre ?

    Cette visite soulève dans l’esprit de chacun une question : pourquoi Morillon a-t-il ressenti le besoin d’aller se recueillir sur les tombes des victimes du génocide à Srebrenica, pourquoi maintenant ? Votre article ne nous donne pas la moindre indication sur ce point, omettant de nous rapporter ce que Morillon a dit sur place.

    J’ai hier trouvé sur la Toile plusieurs dépêches qui répondaient à mes interrogations car moi non plus je n’étais pas sur place. Et ce que j’ai retenu de cette lecture est avant tout une phrase : « Je suis venu demander pardon pour l’Occident, pour l’Europe, pour ce que nous n’avons pas su faire (...) que nous n’avons pas été capables de le faire ». Plus tard devant la presse sur place, Morillon précise que la communauté internationale aurait pu empêcher le massacre.

    Cette partie de la visite est tout aussi importante que celle que vous avez choisi de couvrir. Le sentiment de trahison exprimé par les victimes est certes légitime. Car Morillon avait fait une promesse aux habitants de l’enclave assiégée par les forces de Mladic : « Vous êtes à présent sous la protection des forces des Nations unies... Je ne vous abandonnerai jamais ». C’était en 1993 alors que l’enclave était sur le point de tomber.

    Morillon a cher payé la promesse qu’il avait faite. Sous la pression conjuguée de cette promesse et de l’opinion publique choquée par l’inaction internationale face au sort des habitants de Srebrenica, les grandes puissances ont été contraintes de s’engager à les protéger et de déclarer deux mois plus tard Srebrenica « zone de sécurité » de l’ONU. Elles ne lui ont jamais pardonné de leur avoir forcé la main. Et ce précédent a appris à tous les officiers que la bonne conduite était d’éviter par leurs actions d’imposer un agenda aux décideurs politiques.

    La promesse médiatisée de Morillon n’a en rien modifié le sort de l’enclave protégée par un bataillon de quelques centaines de soldats néerlandais dépourvus de moyens. Est-ce pour autant la faute de Morillon ? Le refus en 1995 des grandes puissances de tenir les engagements auxquels Morillon les avait soumises, engagements incontournables puisqu’inscrits depuis 1993 dans une résolution du conseil de sécurité, relève-t-il de la responsabilité de Morillon ? La réponse est simple : NON.

    Les attaques contre Morillon l’autre jour à Srebrenica ne sont légitimes que dans ce qu’elles illustrent. Si elles se trompent de cible – Morillon n’est certes pas la bonne personne à qui l’accès au Mémorial devrait être interdit –, elles témoignent cependant de la frustration des familles de victimes et d’une partie de l’opinion mondiale face à l’injustice. L’injustice face au génocide, l’injustice face au secret et donc aux mensonges qui entourent toujours le rôle des grandes puissances dans la chute de Srebrenica, chute qui a crée les conditions favorables à la perpétration du génocide.

    Lors de son retour à Srebrenica en septembre 2010, Morillon a eu le mérite de reconnaître que l’Occident et l’Europe avait une responsabilité en demandant, « à titre personnel (…) pardon en leur nom ». On peut lui reprocher de ne pas en avoir dit plus, aujourd’hui ou tout au long de ces années, de ne pas avoir contribué à ce que cette vérité douloureuse que ferait émerger la reconstitution minutieuse des événements diplomatiques qui ont précédé la chute de Srebrenica voit enfin le jour pour en tirer les enseignements qui permettraient d’espérer que le facteur humain - à savoir la vie des populations- entre un jour en ligne de compte dans l’élaboration de la politique internationale.

    En attendant, on peut se demander combien de personnalités illégitimes ont été accueillies favorablement au Mémorial de Potocari alors qu’elles auraient du être conspuées ? Car ne l’oublions jamais, sur la scène internationale comme ailleurs, l’inaction est une politique, un choix volontaire.

    Voir en ligne : Morillon, persona non grata

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  • Le général Morillon, persona non grata à Srebrenica 4 septembre 2010 22:47, par BH Info

    merci de cette analyse, vous avez raison de préciser tous ces éléments. BH Info aurait dû en effet développer davantage les raisons de sa venue à Srebrenica même si on se doute bien qu’il n’est pas venu faire du tourisme. La raison est très simple : nous avons publié cette information hier, un jour avant que la première dépêche de l’AFP tombe sur cet évènement, on ne disposait pas encore de tous les éléments. Aujourd’hui, on en sait plus mais c’est samedi : le weekend, le site n’est pas mis à jour. En revanche, BH Info en tant que site d’actualité, n’a pas la vocation de faire des analyses des évènements, ni des commentaires sur les évènements, d’autres médias le font déjà et très bien.

    Répondre à ce message

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