mercredi 8 juin 2011 par BH Info - 5
Arrêté début mai par la police autrichienne, le général Jovan Divjak, symbole de la défense de Sarajevo multiethnique, est à Vienne, en attente d’une décision de la justice sur son éventuelle extradition à Sarajevo ou à Belgrade. Nombreux sont ceux qui souhaitent savoir comment il supporte l’exil et les accusations qui pèsent contre lui. Entretien.
M. Divjak, tout d’abord, comment allez-vous ? Comment vous passez votre temps durant ce séjour à Vienne ? Jovan Divjak : J’ai établi un rythme très efficace. Avant, je ne savais pas utiliser Internet, ni envoyer des SMS, mais aujourd’hui Vienne m’a obligé de l’apprendre car c’est ainsi que j’entretiens un lien quotidien avec mon association à Sarajevo. Je vois mon épouse sur Skype car le téléphone mobile coûte trop cher. Durant la journée, j’écris un feuilleton pour le journal Oslobodjenje, j’espère qu’il sera publié, je lis la presse, je dors, je me promène, en bref, je mène une vie très intense.
Est-ce que vous avez peur d’être extradé en Serbie ? J.D. - Je ne ressens aucune peur d’être extradé où que ce soit. Je suis parfaitement serein car je vais prouver mon innocence totale des accusations qu’on a lancées contre moi.
Lorsque la Bosnie-Herzégovine a été attaquée par les forces serbes en 1992, beaucoup de gens ont été étonnés de voir un général serbe, belgradois, à la tête de l’armée de Bosnie-Herzégovine. C’est ce que la Serbie ne vous a jamais pardonné. Pourquoi vous avez fait cela ? J.D. - Mon père, originaire de Bosanska Krupa, a été l’un des personnages du livre ‘Magarece Godine’ de Branko Copic : Dule Dabic, Hajduk. Il a été instituteur dans un village en Serbie, sur les rives du Danube. Ma mère s’est trouvée à Belgrade, par hasard, lorsque je suis venu au monde. Mon papa a travaillé ensuite en Bosnie, en Roumanie, à Bela Crkva et à Bosanska Krupa... Quant à ma carrière militaire, elle commence en 1984 dans l’armée yougoslave. Affecté en Bosnie-Herzégovine, c’est à Sarajevo que j’assiste en 1992 à l’agression de ce pays et c’est tout naturellement que je décide de rester défendre un peuple sans défense, c’était tout simplement mon devoir professionnel.
Est-ce que vous êtes aujourd’hui suffisamment aidé par l’Etat de Bosnie-Herzégovine pour vous défendre ? J.D. - Etant donné que je n’appartiens à aucun troupeau et que l’Etat peine à prouver son existence, je suis entre les mains de la justice autrichienne et de mon avocat autrichien. Les amis sont mon seul soutien et mon seul espoir.
Comment se déroule la procédure et combien de temps le tout va durer ? J.D. - La justice autrichienne a reçu deux demandes d’extradition, l’une de la part de la Serbie et l’autre provenant de Bosnie-Herzégovine. C’est au tribunal de décider à qui je vais être extradé. Notre stratégie consistait à prouver que la demande de la Serbie n’est pas fondée sur les faits réels. Mais, entre-temps, le ministre bosnien de la justice M. Borisa Colak (Serbe) a envoyé une demande au tribunal qui risque de me nuire. J’attends une audience au tribunal et personne ne sait combien de temps cela va prendre. J’espère être à Sarajevo fin juillet...
Est-ce que vous recevez beaucoup de visites ? J.D. - Je suis hébergé par une famille de Sarajevo qui prend soin de moi comme si j’étais un membre de famille. Deux à trois fois par semaine, je reçois une visite de Sarajevo ou de l’étranger. Une fois par semaine, je sors avec des Bosniens et des Herzégoviniens dans un restaurant ou dans la nature...
Comment les ONG et la société civile pourraient vous être utiles ? J.D. - Les ONG ont déjà beaucoup fait mais les décideurs n’entendent pas la voix de la société civile malgré les protestations massives à Sarajevo, Konjic, Vienne, Francfort... et des pétitions de soutien en France, en Australie, en Suède.
Comment vous sentez-vous sur le plan psychologique ? J.D. - Je supporte très bien cette situation car je suis en bonne forme mentale et physique. C’est surtout mon épouse qui est déprimée et qui supporte mal mon absence. Bien sûr, Sarajevo et les Sarajéviens me manquent. Grâce à leurs nombreux messages de soutien, je sais qu’ils sont toujours là.
Est-ce qu’il est vous possible, après tout, de croire en justice ? J.D. - Si la justice a fini par attraper Milosevic, Karadzic et Mladic, c’est qu’on peut croire en justice.
Est-ce que l’arrestation de Mladic peut avoir de l’influence sur votre cas ? J.D. - La Serbie a arrêté Mladic beaucoup trop tard. Il aurait fallu que ce soit la Republika Srpska qui le fait. C’est un vrai cirque cette arrestation car il est évident que Belgrade savait depuis toujours où il se trouve. Toutefois, le nationalisme serbe ne va pas se calmer avec cette arrestation. Quant à la possibilité de lier le cas Mladic avec le mien, je ne crois pas mais au final, cela n’a pas d’importance pour moi. Il y a eu un crime, les responsables doivent répondre devant la justice.
Propos recueillis par Zehra Sikias (BH Info) et Ante Granic (ljubusaci.com)
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