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Jana Kohut, kidnappée pour esclavage sexuel en Europe

vendredi 11 juin 2010 par BH Info - 0

Alors qu’elle était étudiante en Slovénie, Jana Kohut, une Bosno-Croate s’est fait piéger il y a 6 ans par un réseau de trafic humain. Elle a raconté la semaine dernière son histoire devant les fonctionnaires onusiens au Conseil des droits de l’homme à Genève. Une initiative inédite du UN Global Initiative to Fight Human Trafficking permettant d’illustrer la présentation du rapporteur spécial sur le trafic des personnes, Joy Ngozi Ezeilo, par des témoignages directs.

« Je m’appelle Jana Kohut, je suis née en Bosnie, j’ai 30 ans. En septembre 2004, j’ai emménagé à Ljubjana, en Slovénie, pour mes études universitaires. Une de mes nouvelles connaissances, Romana, m’a proposé de partager son appartement. Rapidement, Romana, par sa gentillesse, est devenue mon amie, ma confidente. Comme je cherchais du travail à côté de mes études, un jour, Romana m’a annoncé qu’elle avait arrangé un entretien d’embauche avec une société de comptabilité. Une femme m’attendait. Au bout de dix minutes d’entretien, deux hommes ont surgi, m’ont entraînée dans une voiture. Je me débattais, je hurlais. Ils m’ont bandé les yeux. Arrivés à destination, ils m’ont violée et frappée ; puis ils m’ont injecté de l’héroïne et forcé à porter des accessoires pornographiques... Je n’ai plus jamais revu Romana. »

Tombée dans les filets d’un réseau de trafic humain, la jeune femme a, 4 mois durant, été violé et exploitée sexuellement par des hommes « de tout âge, de toute catégorie sociale : des intellectuels, des travailleurs, des chômeurs, des policiers – en uniforme –, des criminels ».

« Mes geôliers m’affamaient et me droguaient pour me rendre plus docile. Si je résistais, ils me violaient et me battaient. Ils menaçaient de s’en prendre à ma petite sœur de 10 ans. Ils me forçaient à appeler ma mère pour la rassurer. Ils me faisaient sans cesse changer de lieu. Ils m’enveloppaient nue dans un drap, me bandaient les yeux et me jetaient dans la voiture. »

"Je n’arrive pas à aller à la police, c’était mes violeurs"

« Je savais que ces trafics existaient, mais je ne me sentais pas du tout concernée, explique la jeune femme, militante dans une ONG de défense de froits de l’homme à l’époque des faits. C’est difficile de ne pas tomber dans le piège. Il suffit d’un moment de faiblesse. Ces rabatteurs, comme Romana, prennent le temps qu’il faut pour gagner votre confiance. »

Après 4 mois de calvaire, Jana a réussi à s’échapper. Aujourd’hui, elle vit à Berlin où elle se consacre à l’art et à la lutte contre ce fléau.

« Pour cela, il faut investir chaque pore de la société, ne pas laisser d’espace vide, affirme-t-elle. Il faut former et sensibiliser les juristes, les magistrats, les médecins, créer des réseaux. A Berlin, quand un chien est kidnappé, tout le monde se mobilise pour le retrouver. Les gens se connectent sur Internet, il y a des brigades de quartiers qui font des recherches. Chacun se sent concerné. Il faudrait la même solidarité pour les enlèvements de personnes. »

A ce jour, Jana n’a toujours pas porté plainte. « Je n’arrive pas à aller à la police, c’étaient mes violeurs. Pourtant je sais qu’il faudra que je fasse le pas un jour. »

Selon des estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT), 2,4 millions de personnes sont chaque année victimes de la traite dans le monde. En Europe, le nombre de victime s’élève à 500.000 selon Amnesty International, en majorité des femmes et des jeunes filles forcées à se prostituer.

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