INTERVIEW
IVAR PETTERSON : "Le négationnisme au service de la propagande serbe"
lundi 26
juillet 2010 par BH Info -
La guerre en Bosnie-Herzégovine est terminée depuis 15 ans mais le négationnisme serbe continue de fonctionner à plein régime dans toutes les grandes capitales européennes. Explications d’Ivar Petterson, président de l’association "Solidarité Bosnie" de Genève, l’un des principaux initiateurs de la Marche de la Paix de Srebrenica, qui, dans le cadre de ses activités, lutte contre la propagande pro-serbe depuis 20 ans.
En tant que militant engagé pour la Bosnie-Herzégovine depuis le temps de guerre, vous êtes régulièrement confronté avec le négationnisme du génocide et des crimes notamment sur la population bosniaque. De quoi s’agit-il ?
Ivar Petterson : « L’appareil de propagande serbe continue de fonctionner à plein régime. La fin des guerres d’agression menées par la Serbie de Milosevic contre les populations non-serbes n’a pas mis terme à cette autre forme de guerre : le travail de propagande. Les objectifs ont simplement été redéfinis dans le cadre du nouveau contexte : la nécessité pour la Serbie et la Republika Srpska de défendre leurs intérêts dans le cadre de l’adhésion à l’Union européenne, c’est pourquoi l’un des principaux centres de propagande serbe est justement à Bruxelles ».
Quels sont les appuis de la propagande serbe en Belgique ?
« Le plus connu est Michel Collon, un neo-stalinien qui gère son propre site, participe aux rencontres alter-mondialistes et organise de nombreuses tournées de conférences dans toute l’Europe. Il participe activement à la défense de la Serbie et continue d’entretenir la confusion sur la guerre en Bosnie-Herzégovine, niant la responsabilité serbe et le génocide ». Mais il y a aussi d’autres soutiens plus discrets au niveau institutionnel.
Vous êtes un citoyen suisse. Quelle est la situation à ce niveau en Suisse ?
I.P. « En Suisse, l’appareil de propagande est bien rodé. C’est déjà à la fin des années 80 que la logistique se met en place en Europe, et plus particulièrement en Suisse, plaque tournante. Des grandes réceptions ont lieu dans des hôtels de Genève et Lausanne, avec invitation du gratin politique et des médias. Deux personnages-clefs : Vladimir Dimitrievich, patron de l’Age d’Homme, principale édition de Suisse-romande. Il a publié en français les principaux idéologues de l’Institut des Sciences serbes, qui ont publié le tristement célèbre Mémorandum. C’est un ami de Radovan Karadzic et a d’ailleurs servi d’intermédiaire début 1995 entre Karadzic et le gouvernement Suisse pour extraire de prison deux Suisses qui avaient été remis aux forces serbes par des officiers de l’ONU lors de leur passage vers l’aéroport de Sarajevo. Depuis le début des années 90, il met dans sa poche des décideurs politiques et la plupart de patrons des médias. En 1992, tout est cadenassé avec comme conséquence une censure exercée envers ceux et celles qui ne reproduisent pas le discours serbe, soi-disant « yougoslave ».
Un autre personnage clef est Dusan Sidjanski, un professeur très influent, fondateur du Dpt. des Sciences politiques de l’Université de Genève. Il a eu parmi ses élèves un certain José Manuel Barroso, qui est devenu Président de la Commission européenne et dont il est aujourd’hui le Conseiller spécial. Durant la période 1992-95, il avançait la thèse de « guerre civile », en y tenant les « Musulmans » comme principaux responsables…
Les partis et organisations politiques en Suisse, de droite comme de gauche, étaient systématiquement noyautés par des éléments pro-serbes à tel point que l’entrée de l’Association des survivants de Srebrenica à la Maison des associations de Genève en 2004 a été stoppée durant 5 mois. Depuis cette période, il y a eu un déblocage tant au niveau politique que dans les médias. Mais il y a de solides bastions pro-serbes, en particulier autour d’Oscar Freysinger, membre influent de l’UDC populiste et anti-minarets et membre de l’association des écrivains serbes.
En France, la situation est-elle meilleure ?
I.P. « Le principal support de la Serbie était Mitterrand et son entourage, prisonniers d’une mythologie pro-serbe remontant à la Première Guerre mondiale. Paradoxalement, un des principaux contrepoids à Mitterrand était Nicolas Kovac, Ambassadeur de la République de Bosnie-Herzégovine, d’origine serbe… Parmi les pro-serbes notoires, on peut citer Jean-Pierre Chevènement, le général Pierre-Maris Gallois, Régis Debray, Peter Handke, Daniel Salvatore Schiffer.
Comme en Suisse, de nombreux intellectuels de gauche comme de droite étaient et sont toujours pro-serbes, ceci pour différentes raisons, personnels et/ou historiques. Et les quelques intellectuels pro-bosniaques, comme Bernard Henry-Lévy, n’ont rien fait pour faire connaître le très large mouvement citoyen qui s’est constitué depuis l’automne 1992 et qui a pris le nom de « Convergence citoyenne pour la Bosnie ».
Parmi les officines pro-serbes, citons le bulletin « B.I. Infos » lancé par Louis Dalmas, marquis et ex-militant trotskyste, ami d’Alain Dumas, un ex ministre. Il est aussi rédacteur de « Vérité et justice », un titre trompeur pour couvrir de piètres mensonges. Il a publié un livre en l’honneur du général Mladic et prétend qu’il n’y aurait eu que « 2000 militaires tués à Srebrenica »…
Autre personnalité, Jacques Vergès qui était avocat de Milosevic et qui défend les thèses serbes, notamment le soi-disant droit de la RS à faire sécession et à se rattacher à la Serbie ».
Toutefois, aujourd’hui on sait beaucoup plus sur l’agression contre la Bosnie-Herzégovine et sa population, l’implication de la Serbie dans les guerres en ex-Yougoslavie, puis le génocide de Srebrenica est reconnu comme tel par la justice internationale. Le négationnisme, peut-il vraiment encore nuire ?
I.P. « L’appareil de propagande serbe peut déjà se vanter d’acquis édifiants. Malgré les preuves évidentes démontrant la culpabilité de la Serbie de Milosevic, le gouvernement serbe n’a jamais été sérieusement inquiété. Au niveau interne, la majorité de la population serbe pense que la Serbie est innocente et victime des machinations des uns et des autres. Par conséquent, la majorité des Serbes pensent toujours que Karadzic et Mladic sont des héros, et ce dernier n’est toujours pas livré à la justice.
Au niveau international, la thèse de « guerre civile » est officiellement celle de l’Union européenne, de l’ONU et donc de quasi tous les gouvernements. Le génocide perpétré en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995 est réduit dans les médias et l’opinion publique au « génocide de Srebrenica » de juillet 1995.
Les conquêtes territoriales en Bosnie-Herzégovine, dont celle de la région de Srebrenica ont non seulement été avalisées par les Accords de Dayton, mais la RS peut- par son droit de veto - bloquer indéfiniment le fonctionnement normal de l’Etat de Bosnie-Herzégovine, en attendant que les conditions soient réunies pour une sécession et le rattachement de la RS à la Serbie. En ouvrant la porte à la Serbie et en abandonnant ainsi le préalable de la livraison de Mladic au TPIY, l’Union européenne démontre une fois de plus sa lâcheté et sa complicité avec la classe dirigeante serbe, qui sait faire profil bas sans rien renier sur le fond.
A terme, la voie est ouverte au lobby serbe pour prendre petit à petit le leadership politique en Europe. En effet, malgré sa petite taille, elle a une bien meilleure expérience du jeu politique, de la manipulation psychologique, de l’exploitation des failles des uns et des autres et pourra capitaliser la montée de la droite xénophobe et de son exploitation des peurs envers l’islam. Et comme par hasard, au moment de l’entrée de la Serbie, la Belgique risque de se diviser. Un signe prémonitoire de ce qui attend l’Europe ? »
Vous semblez être inquiet des conséquences futures de l’action des négationnistes serbes ?
I.P. « L’enjeu de la mémoire sur les évènements qui ont touché l’ex-Yougoslavie et plus particulièrement la Bosnie-Herzégovine, est importante non seulement en regard du passé, mais bien entendu par rapport au futur. Le déni entraîne un risque de récidive évident. Des actes de génocide ont déjà été commis par les Tchetniks en 1942-45 dans l’est de la Bosnie et particulièrement à Foca. Tito n’a pas voulu mener un travail de mémoire sur ces évènements, qui ont ainsi été oubliés. Une grave erreur que la communauté internationale reproduit en empêchant une pleine reconnaissance du génocide de 1992-1995.
Or un processus de rapprochement entre les citoyens et citoyennes ou travailleurs et travailleuses des différentes communautés ne peut avoir lieu que si les responsabilités du conflit et des atrocités sont clairement posées et établies, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Le négationnisme entretient des blocages qui font reculer la société, au bénéfice des nouveaux riches et des multinationales qui savent bien exploiter les divisions, dont celles des "entités", légalisées par les Accords de Dayton ».
Zehra Sikias
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BH Info - 19 Avril 2010 Première plainte pour déni du génocide de Srebrenica
BH Info - 21 Avril 2010 PHILIP GRANT : "Nier le crime, c’est insupportable dans un pays comme la Suisse"
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Un grand merci à Ivar et Zehra pour cette analyse politiquement incorrecte mais tellement juste... Internet donne les moyens de l’expression. Utilisons les réactions aux articles dans l’ensemble des médias électroniques pour faire entendre une autre voix.
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bravo pour cet article et grand merci à Ivar pour le travail qu’ il fait. Bonne continuation et je peux être utile dans votre travil je suis à votre dispo.
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Autant la paranoia de certains Serbes vis à vis du reste du monde (USA, Allemagne,itd...) peut être compréhensible même si elle frise souvent le ridicule, autant celle d’Ivar Peterson contre un petit pays d’une dizaine de millions d’habitants (prêt à prendre le contrôle de l’Europe si on le suit bien)est totalement inédite !
’’Des actes de génocide ont déjà été commis par les Tchetniks en 1942-45 dans l’est de la Bosnie et particulièrement à Foca. Tito n’a pas voulu mener un travail de mémoire sur ces évènements, qui ont ainsi été oubliés.’’
C’est quand même hallucinant de se servir de ça alors que certains Bosniaques ont découvert en France l’existence de Jasenovac (allez voir le blog de Dzana sur les partisans et les Tchetniks).
Le travail historique n’a pas été fait après la seconde guerre mondiale et les oubliés de l’histoire furent en particulier les Serbes (c’est le moins qu’on puisse dire...).Ceci explique en partie la remontée du nationalisme serbe et sa gangrène dans les années 90.
En passant sous silence les événements les plus meurtiers et en picorant dans l’histoire ceux qui l’arrangent et permettent de diaboliser ’’l’autre’’,Ivar Peterson ne rend pas service aux Bosniaques. Il se replace seulement dans la même logique que les nationalistes serbes qui ont une stratégie tout à fait similaire (Ils ne parlent pas de Srebrenica mais ressassent Oluja et le Kosovo).
Quant à mettre dans le même panier ceux qui nient Srebrenica avec ceux qui ont une vision un tant soit peu critique des guerres yougoslaves (comme Régis Debray au Kosovo), cela n’aide pas vraiment à prendre Ivar Peterson au sérieux.
Le travail de mémoire, le parlement serbe l’a bien entamé en reconnaissant les 8000 morts de Srebrenica. Qu’une partie de la population serbe ne le suive pas, c’est déplorable. Mais quand on voit des arguments comme ceux développés dans l’article, ça ne va pas les convaincre bien au contraire. Si on était aussi paranoiaque que lui, on hésiterait à se poser la question ’’Est-ce qu’Ivar Peterson travaille vraiment pour la paix en Bosnie et pour l’intérêt des Bosniaques ?’’
Voir en ligne : http://www.dzana.net/35-partisans-t...
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Je pense que Ivar a une profonde connaissance de la propagande Serbe. Il existe bien évidemment aussi une propagande Croate et Bosniaque, dans leur style, en opposition à cette dernière afin de crédibiliser le concept de Balkanisation. Tri parties en perpetuelle confrontation afin de justifier un ordre extèrieur (OTAN et UE). Cette idée n’a t elle pas été exportée en Irak ? Et dans bien d’autres parties de la planete trop socialistes, géostratégiques ou bien riches en ressources... Nous ne pouvons que le constater et cesser d’accuser les peuples qui ne sont que les victimes de stratégies politico -financo_industriels. Bien que debout et les yeux ouverts les citoyens cesseraient d’être des victimes....
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A Milou,
Si je n’ai pas évoqué le camp de Jasenovac, où les Serbes furent les principales victimes entre 1940 et 1945, c’est que ce camp n’a pas été oublié du temps de Tito.
Je n’ai pas évoqué non plus les camps d’extermination des juifs en Serbie, où les listes des victimes ont été établies en cyrilique sous le régime du Général Nedic (régime similaire à celui de Vichy). Le génocide des juifs n’était donc pas une exclusivité du seul régime fasciste croate. En résumé, il y a eu dans tous ces pays, y compris en Bosnie-Herzégovine, d’une part des collabos, d’autre part des résistants et au milieu la majorité des habitants qui cherchait à survivre.
Récemment, il y a certes eu un progrès en Serbie du fait de la reconnaissance des 8000 victimes de Srebrenica par le Parlement serbe. Mais sur le terrain, celà ne change rien : toute cette région est toujours illégitimement sous la coupe de la RS (République Serbe) et le génocide qui a été mis en pratique sur le 2/3 du territoire de la Bosnie-Herzégovine depuis avril 1992 n’est toujours pas reconnu.
Je ne mets nullement la responsabilité de cette occultation sur la seule Serbie. Il y a eu complicité des grandes puissances. Ceci à commencer par leur feu vert tacite au plan de partage de la Bosnie à Karadjojevo entre Milosevic et Tudjmann.
Toutes les négociations soi-disant de paix à l’ONU et ailleurs n’ont eu en définitive qu’un seul but : partager et démanteler la Bosnie-Herzégovine, ce qui constitue de fait une complicité criminelle, aggravée par la non-levée de l’embargo sur les armes envers un pays agressé : la République de Bosnie-Herzégovine, pourtant reconnue au niveau international en mai-juin 1992.
La thèse de "guerre civile" qui servait de prétexte à une telle politique constitue une grossière manipulation. C’est toujours la thèse officielle...
La création par la force de territoires "ethniquement" homogènes (pour ne pas dire "purs") par les partisans d’une grande Serbie et d’une grande Croatie constitue une entreprise criminelle, dont les responsables n’ont pas été condamnés, sinon quelques exécutants.
Il faut reconnaître que les nouveaux dirigeants croates se sont démarqués du nationalisme de Tudjmann et reconnaissent clairement l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine. Ce n’est pas encore le cas de la Serbie, qui campe sur les acquis de Dayton. Il n’y a pas de rupture avec la politique de blocage de Dodik, qui vise toujours à la séparation et au démantàlement de la Bosnie-Herzégovine.
Il est évident qu’il ne pourra y avoir de progrès en Serbie que si l’UE choisi une politique claire, qui inclus une auto-critique sur ses complicités de la période de 1992-95, portée notamment par la Grande-Bretagne et la France de Mitterand.
Je demande à "Milou" de bien comprendre que je distingue toujours entre les peuples et leurs classes dirigeantes. J’ai beaucoup d’admiration pour tous ceux qui en Serbie ont pris conscience du danger des dérives ethno-nationales et qui ont combattu le régime de Milosevic et sa propagande. Ces minorités doivent être mieux connues et soutenues en Europe, car elles sont l’avenir de la Serbie.
Je constate que du côté des Bosniaques (ex-musulmans) il y a aussi des profiteurs au sein de la classe dirigeante ; qui trouvent eux aussi des avantages à la séparation de la BH en "entités" : diviser pour régner.
A terme, on peut espérer que les citoyens des deux "entités", et surtout la nouvelle génération, prendront conscience que les divisions sont contraires à leurs intérêts et qu’ils trouveront les moyens de revivre ensemble et de développer leurs capacités créatrices dans le cadre d’une société plus solidaire.
A défaut d’un tel développement, j’exprimais mes craintes que les forces réactionnaires prennent à terme le dessus en Europe, sur base de crise économique et de montée de l’islamophobie. Dans cette hypothèse, que bien sûr je combats, il n’est pas du tout exclu que des leaders nationalistes serbes puissent jouer un rôle important, car ils corespondent au profil recherché par les mouvements équivalents en Europe, inclus l’UDC en Suisse (qui a fait interdire les minarets)et étant de facto les plus expérimentés (même s’ils sont issus d’un petit pays).
C’est pourquoi il est important de contrer la propagande nationaliste serbe diffusé par un réseau bien rôdé dans toute l’Europe.
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