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Histoire de Pont

Histoire de Pont

mercredi 25 juillet 2012 par BH Info - 0

Avant de séjourner à Sarajevo je ne m’étais jamais particulièrement intéressé aux ponts. Ce n’est que progressivement que j’ai pris conscience du rôle et de l’importance des ponts dans l’histoire des villes, dans les relations entre les communautés, voire dans l’Histoire tout court.

Difficile à Sarajevo d’échapper au pont Latin, devant lequel l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche fut assassiné le 28 juin 1914 par Gavrilo Princip, militant du mouvement Jeune Bosnie. “Sarajevo omnibus”(1), le dernier roman de Velibor Colic (puisqu’il qualifie son dernier ouvrage de roman) restitue fort bien la position centrale, incontournable, de ce pont de pierre, témoin de cet attentat qui allait déclencher la première Guerre Mondiale.

Toujours dans l’espace balkanique, le roman essentiel d’Ivo Andric, “Un Pont sur la Drina”, reste ce que j’ai lu de plus fort pour illustrer l’organisation des liens et la naissance des conflits entre des communautés séparées par un pont qui, au cours des siècles, accompagne la vie de la cité.

Le pont de Mostar est lui aussi, malheureusement, entré dans l’Histoire. Lorsque je l’ai vu pour la première fois, en 1996, mutilé, humilié, il n’était plus qu’une passerelle métallique jetée en travers des eaux vertes de la Neretva. D’un côté la partie croate (catholique) de la ville, de l’autre la communauté bosniaque (musulmane). Reconstruit aujourd’hui, il ressemble à ces grands brûlés qui leur vie durant gardent les traces des greffes de peau.

Depuis que j’ai eu la chance de passer un peu de temps auprès de ces ponts, je regarde autrement ces ouvrages d’art qui accompagnent nos petites vies d’hommes. Ainsi j’ai redécouvert en 2005 le pont Long Bien, à Hanoï, (appelé pont Paul Doumer “du temps des Français”). Je l’avais vu plusieurs fois sans jamais le traverser. Cette fois-là, je l’ai parcouru à pied, frôlé par les trains qui le franchissent à petite vitesse. J’étais content de le faire. J’avais l’impression de lui rendre hommage. Les ponts ne sont pas seulement des assemblements de pierres ou de poutrelles. Ce sont aussi, il m’a fallu du temps pour le comprendre, des personnages.

par Marc CAPELLE - Directeur de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille


*De 1996 à 2000, Marc Capelle a effectué plusieurs missions à Sarajevo en qualité de directeur des activités internationales de l’ESJ Lille, en particulier pour nouer un partenariat avec l’Institut Mediaplan. De 2000 à 2003, il a exercé à l’ambassade de France à Sarajevo, comme attaché audiovisuel régional pour les Balkans.

(1) – Sarajevo Omnibus – Velibor Colic – Gallimard, 2012

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