jeudi 30 septembre 2010 par BH Info - 0
Pour chaque soldat canadien tué, 3 ou 4 autres subissent des blessures physiques. Mais qu’en est-il des plaies psychologiques ? Dans son livre qui vient de sortir chez Septentrion, le journaliste Gilbert Lavoie raconte le syndrome de stress post-traumatique menant parfois au suicide que subissent les militaire de l’Armée canadienne lors de leurs missions en Bosnie-Herzégovine et en Afghanistan.
Extrait des témoignages de ces anciens vétérans :
Pour Bob Danis, la blessure a longtemps pris le visage d’un enfant de 8 ans qui a couru vers lui il y a une quinzaine d’années à Srebrenica pour lancer une grenade. L’engin était désarmé. Deux jours plus tard, l’enfant est revenu vers sa patrouille en criant qu’il avait une grenade. En l’espace de quelques secondes, Danis a dû choisir : abattre le garçonnet, ou courir le risque... Il n’a pas tiré. Quand le garçon a ouvert sa main, il tenait un morceau de pain !
Bob Danis est sergent à l’époque. Il relève des Forces aériennes sous le contrôle de l’OTAN. Son mandat principal est de protéger l’enclave de Srebrenica.
La journée du premier incident, il est accompagné de son adjoint et d’un mitrailleur. C’est lui qui reçoit l’engin meurtrier lancé par le jeune garçon. "Quand j’ai réalisé que c’était une grenade, ma première réaction a été de prévenir mes collègues. Je voulais m’en départir, mais j’étais en plein milieu du marché public. Si je l’avais lancée, c’était un béret bleu qui venait de lancer une grenade dans le marché public. Je l’ai gardée sur moi".
Deux jours plus tard, il revit exactement le même scénario, avec le même enfant. "Le petit garçon courait derrière nous. Mon adjoint m’a dit "Bob, il s’en vient avec une autre grenade". J’ai armé mon arme, je me suis retourné vers lui et je lui ai crié d’arrêter. Il gardait la main droite à l’intérieur de son veston. J’ai réalisé qu’il avait crié "grenade". Je lui ai fait signe d’arrêter. Il s’est arrêté à une dizaine de pieds de moi. Je ne voyais plus ce qui se passait autour de moi. Tout ce que je voyais, c’était son visage. Je me suis demandé si j’étais capable de lui enlever la grenade. Je combattais mon idée de lui placer une balle dans la tête. C’était la première option, mais je n’étais pas capable, parce que je voyais mes deux enfants, il avait l’âge de mon plus vieux. Si ça avait été un ado ou un adulte, je n’ai aucun doute, j’aurais tiré. Selon nos règles d’engagement, j’avais le droit de tirer parce que la menace était directe. Le jeune pleurait. Imaginez la peur d’un petit gars de huit ans qui se fait pointer une arme dans sa direction par trois gars costaux qui crient... Il paniquait, il ne comprenait pas, je le pointais et je criais après lui".
Finalement, c’est l’intervention d’un vieil homme qui met fin au suspense en immobilisant l’enfant. On constate alors que le jeune garçon ne dissimule qu’un morceau de pain dans son veston.
Il a fallu une quinzaine d’années à Bob Danis avant de parvenir à exorciser cette scène. "C’est le fait d’avoir pointé une arme sur un enfant de 8 ans alors que j’en avais 33. En plus, je me reprochais d’avoir mis ma sécurité et celle de mes deux collègues en jeu en n’ayant pas tiré. Tu deviens tellement magané dans ta tête, explique-t-il aujourd’hui. Il a fallu l’indiscrétion d’un de ses collègues pour qu’il raconte l’histoire à son épouse plusieurs années après le fait.
"Je m’en suis voulu pendant longtemps. J’avais mis ma vie et celle des autres en danger. Mais comme père de famille, je ne pouvais pas tirer. Essaie d’expliquer à ta femme que tu as tué un enfant..."
Une autre histoire émouvante du livre concerne les évènements en Bosnie-Herzégovine. C’est celle de Normand St-Hilaire, qui n’est pas le vrai nom du militaire.
"C’est un grand jack, un gars fort qui a vécu la Bosnie et qui a été témoin d’un viol, d’atrocités que plusieurs années plus tard, lorsqu’il m’a raconté ça, il se sentait obligé de se justifier devant moi de ce qu’il avait vu, de situations où il n’a pas pu intervenir parce qu’il y avait les règles d’engagement qui faisaient qu’il n’avait pas le droit d’intervenir", exlique Gilbert Lavoie.
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