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EYOF : Le signal d’une nouvelle ère pour la montagne de Sarajevo

mercredi 29 mars 2017 par Zehra Sikias   Partagez sur FacebookTwittez cette information

A Sarajevo, la montagne symbolise le siège, plus que le passé olympique, mais l’EYOF 2019 pourrait être le signal d’une nouvelle ère. Rénovée, modernisée et revalorisée, la montagne pourrait redevenir le lieu du bien-être et un atout fort pour le tourisme de Sarajevo, l’hiver somme l’été. Tour d’horizon.

Depuis plusieurs années, le tourisme de Sarajevo affiche une croissance annuelle de 30%. En 2016 presque un million de visiteurs ont visité la ville, trois fois plus qu’en 1984, l’année des Jeux Olympique d’Hiver. Toutefois des séjours courts sont privilégiés, l’été comme l’hiver, signe que Sarajevo doit proposer plus. Les montagnes qui l’entourent, fierté des Sarajéviens qui ont eu le privilège de connaître leur apogée en 1984, sont une carte à jouer. Des projets se multiplient ces dernières années mais beaucoup reste encore à faire, des programmes estimés à 200 millions d’euros sont à financer pour remettre à niveau le tourisme de montagne de Sarajevo.

Moderniser les stations de ski

En 1984, Bjelasnica, le Mont-Blanc de Sarajevo, accueillait les épreuves de slaloms hommes. Depuis, Bjelasnica attire de nombreux randonneurs en été, pour découvrir les villages authentiques Sabici, Umoljani et Lukomir, et des dizaines de milliers de skieurs en hiver, quand la neige est au rendez-vous... Mais les saisons sont variables d’une année à l’autre et la neige à cette montagne de moyenne altitude n’est pas toujours là. Sans installations modernes pour l’enneigement artificiel, difficile de compter sur la rentabilité, difficile d’attirer de nouveaux investissements et surtout impossible d’organiser l’EYOF en 2019. La ville qui déjà a déjà perdu l’organisation de l’événement en 2017 compte assurer en 2019. Les chantiers sont en préparation à Bjelasnica qui dans un premier temps s’équipera de nouvelles installations des remontées mécaniques pour augmenter considérablement des capacités du transport vertical. Un investissement de 8 millions d’euros mais d’autres travaux sont à suivre également dans les deux années à suivre.

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Pale

A Igman, le mont qui accueillait les épreuves de sauts et de ski de fond, les vestiges olympiques offrent un spectacle de désolation. L’ancien hôtel Ferry en fait partie mais prochainement c’est justement sur cet hôtel que Sarajevo compte pour redonner la vie à Igman. La rénovation de l’hôtel Ferry - 65 chambres - par la compagnie Emirates devrait coûter 10 millions d’euros. Le nouvel établissement sera rebaptisé O3, Igman disposant d’une concentration d’ozone parmi la plus danse d’Europe, et sera dédié au « tourisme sportif » notamment pour accueillir les équipes de sportifs pour des préparations. L’hôtel disposera à cet effet d’un spa, d’une piscine et des salles de massage ainsi que des équipements sportifs adaptés pour pratiquer le football, le tennis, le basketball, le footing et le vélo. Par ailleurs, pour compléter ce dispositif, l’investisseur, le cheik Mohammed al Qasimi, envisage par la suite de se lancer dans un projet lié au tourisme de santé.

Investir pour sortir de la spirale déficitaire

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Jahorina, vue de l’hôtel Bistrica

La station Jahorina, située en Republika Srpska, est le plus grand domaine skiable de Bosnie situé à trente kilomètres au nord-est de Sarajevo. Dans les années 2000, de nombreux hôtels ont ouvert. Jahorina dispose au total de 5 000 lits dans les établissements hôteliers et de 2 000 lits supplémentaires dans les chalets appartenant à des particuliers. En apparence, tout va bien. Mais il faut se rendre à Bistrica, l’unique hôtel de Jahorina encore géré par une société publique, également gestionnaire du domaine skiable, pour comprendre que la station est en réalité très déficitaire. Construit dans les années 80, l’hôtel nécessite cruellement des travaux de rénovation et de modernisation. Le temps s’est arrêté ici, le personnel et le management sont restés figés à l’ère socialiste, habitués à recevoir des fonds publics pour fonctionner et sans idées pour souffler un air nouveau, plus moderne.

Comme partout, on évoque avec nostalgie les temps glorieux des Jeux olympiques à Jahorina où les épreuves féminines de slalom eurent lieu en 1984. Aujourd’hui, ce n’est qu’un lointain souvenir que seules quelques vieilles affiches de la peluche Vučko, le loup mascotte des Jeux de 1984, rappellent encore. Pourquoi donner si peu de visibilité au passé des Jeux olympiques de 1984 ? Pour les experts français de la montagne chargés de préparer une étude sur le tourisme de montagne à Sarajevo, le fait de négliger à ce point un tel atout reste incompréhensible. C’est comme si les années de la guerre ont complètement effacé un souvenir des temps heureux que les Jeux olympiques de Sarajevo symbolisaient à la perfection...

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Pale

« En 2017, la saison a duré au total 100 jours. Un record avec 125 000 skieurs et un million de passages en remontées mécaniques. Chaque hiver, les touristes surtout de la région sont au rendez-vous », explique Goran Brckalovic, directeur de la société publique qui gère le domaine et l’hôtel Bistrica. En 2017, l’hôtel sera ouvert toute l’année et d’ores et déjà, 18 000 réservations ont été confirmées pour cet été. Mais malgré une bonne fréquentation, l’hôtel est endetté et manque de moyens pour financer sa rénovation et réaliser des investissements de développement. Pour l’EYOF, il manque aussi un nouveau dispositif d’enneigement, de nouvelles capacités de transport vertical et un parking. Un investissement estimé à 9,5 millions d’euros que Goran Brckalovic espère financer grâce aux subventions publiques.

Développer la montagne en été

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Ravna planina, Pale

Veljko Golijanin, lui, n’a pas attendu les subventions des autorités pour se lancer dans le business du tourisme de montagne. L’énorme potentiel de la Jahorina, l’été comme l’hiver, cet entrepreneur privé en est persuadé. Au pied de cette montagne, à la petite ville de Pale, à 20 minutes de Sarajevo, le directeur de Majnex achève la construction d’un téléphérique et de remontées mécaniques pour relier Pale directement à la station de ski de Jahorina. Un grand parking de 500 places permet de laisser son véhicule au bas des pistes et d’emprunter les moyens mécaniques pour gagner directement le domaine skiable.

« Nous avons 1 350 mètres de pistes, reste encore 5 kilomètres à construire pour relier le domaine avec Jahorina », explique le directeur de Majnex qui réalisé une fréquentation de 6 000 visiteurs pendant les weekend, essentiellement des écoles de ski et une clientèle de famille. « Nous ciblons surtout la saison d’été car le téléphérique permet d’amener les visiteurs à Ravna Planina, un site naturel de toute beauté où nous avons construit un lac de 30 000 m3 et un petit restaurant. Au pied des pistes, nous allons également construire un hôtel, des terrains de tennis, une piscine et des pistes cyclables ».

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Treskavica

A Treskavica, la montagne qui compte parmi les plus belles et les plus préservées de toute la Bosnie, on pratique surtout la randonnée car elle est accessible uniquement à pied. Culminant à 2 088 mètres, ce qui en fait la plus haute montagne de la région de Sarajevo, Treskavica offre par temps clair, une vue sur la mer Adriatique et le Monténégro. C’est aussi une montagne riche en sources d’eau qui seraient au total 365 selon les légendes, sans oublier ses nombreux et magnifiques lacs glaciaires. Un potentiel qui intéresse de près les investisseurs du Golfe, impressionnés par la verdure et l’eau en abondance, et qui à proximité envisagent de lancer un programme pharaonique de construction d’une ville de 60 000 habitants. Un investissement de 2 milliards d’euros qui pourrait déclencher aussi le développement du tourisme de Treskavica même pas balbutiant car on ne dispose aujourd’hui que d’un petit refuge pour les randonneurs.

En attendant, c’est à la colline de Trebevic que les projets s’accélèrent. Longtemps boudé par les investisseurs, Trebevic a aujourd’hui bien plus à offrir que le triste spectacle de l’ancien tracé du bobsleigh dévasté et couvert de graffitis. Cette montagne dont les versants descendent jusqu’au centre-ville de Sarajevo, a toujours été l’une des préférés des Sarajéviens car elle fait presque partie de la ville. Durant le siège, les tirs de sniper venait de Trebevic. Les Sarajéviens ont mis plus de quinze ans pour s’en ré-approprier, dépasser le souvenir douloureux et la peur des mines... Mais aujourd’hui, c’est chose faite, on est passé à autre chose. Les visiteurs naviguent entre les cafés sans penser à la frontière et sans se demander si on était chez les Serbes ou chez les Bosniaques. Seule compte la fraicheur à l’ombre des forêts de pins et le bon café servi par les nombreux restaurants récemment ouverts.

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Sunnyland, Trebevic

Depuis quelques années, Trebevic s’est aussi doté d’un nouvel hôtel 4 étoiles, des promenades, d’un petit lac artificiel et de nombreux aménagements pour les enfants. En 2016, sur le site de Zlatiste, Muhammed al Qasimi a également inauguré Sunnyland, un parc d’attraction avec notamment une luge et une vue imprenable sur Sarajevo, attirant une importante clientèle de familles. Un investissement de 7,5 millions d’euros. En 2017, la ville de Sarajevo espère également rétablir le téléphérique Sarajevo-Trebevic qui serait confié à la gestion à un opérateur privé ainsi qu’un nouveau restaurant panoramique.


par Zehra Sikias

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