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Radomir Susnjar | La justice française ordonne son extradition en Bosnie

jeudi 14 avril 2016 par Zehra Sikias  |  1 Partagez sur FacebookTwittez cette information

Radomir Šušnjar La Cour d’appel de Paris a rendu hier un avis favorable concernant la demande des autorités judiciaires de la Bosnie-Herzégovine de l’extradition de Radomir Susnjar, surnommé Lalco, suspecté d’avoir commis des crimes contre l’humanité à Višegrad en juin 1992. Le Bosno-Serbe, qui se cachait en France sous une autre identité jusqu’à sa localisation en avril 2014 près de Paris, a annoncé qu’il fera appel à cette décision auprès de la Cour de Cassation.

Cette décision représente le premier pas vers l’extradition au terme d’une longue procédure judiciaire de deux ans.

Ex-membre de la formation paramilitaire serbe Osvetnici, Radomir Susnjar est soupçonné par la justice bosnienne d’avoir participé au massacre connu sous le nom « Ziva lomaca » (le grand feu) pendant lequel 59 civils bosniaques, essentiellement des femmes, des personnes âgées et des enfants dont un bébé de deux jours, ont été arrêtés, rassemblés dans un local de la rue Pionirska et brûlés vifs à Visegrad les 13 et 14 juin 1992.

Radomir Susnjar est accusé d’avoir personnellement verrouillé tous les accès et d’y avoir mis le feu en jetant dans le local des grenades incendiaires. Certaines victimes ayant tenté de s’enfuir par les fenêtres ont été abattus. Seulement huit d’entre elles ont survécu, dont deux sont décédées entre-temps.

Il s’agit de l’un des massacres pour lequel Milan Lukic, ancien chef du groupe paramilitaire serbe Beli Orlovi a déjà été jugé et condamné à perpétuité par le TPIY et Sredoje Lukic à 27 ans de prison ferme.

Jusqu’à maintenant, la Cour d’Appel a toujours été opposée à l’extradition sur la base d’une qualification pour les crimes contre l’humanité, considérant que les faits, ayant été commis avant que la loi française contre l’humanité n’entre en vigueur en 1994, devaient être analysés sous l’angle d’une qualification de droit commun. Toutefois, les autorités bosniennes refusent cette qualification de simples actes de droit commun, prescriptibles en 10 ans, s’agissant bien des crimes contre l’humanité, imprescriptibles selon le droit international.

Les crimes monstrueux resteront-ils impunis ?

Plusieurs représentants des associations des victimes, qui ont fait le déplacement à Paris pour assister au rendu de la décision de la Cour d’Appel, expriment leur soulagement mais également leur inquiétude concernant le verdict de la Cour de Cassation.

« C’est un grand jour pour nous, pour la vérité et la justice. Nous avons l’espoir que la Cour de Cassation confirmera un avis favorable, que ces crimes monstrueux ne resteront pas impunis et surtout que la France respectera les fondements de droit international. Autrement, ce serait féliciter tous ceux qui, pendant 20 années, ont réussi à se cacher et les inciter à s’installer en France, le seul pays d’Europe à avoir cette approche, pour n’avoir plus jamais de comptes à rendre », explique Bakira Hasecic, présidente de l’Association des femmes victimes.

La France n’a encore jamais donné un avis favorable pour extrader les personnes accusées de crimes contre l’humanité, en particulier dans plusieurs cas des crimes commis au Rwanda. Craignant une décision défavorable, l’Association de femmes victimes de guerre a par ailleurs adressé en janvier 2016 une lettre ouverte au Président de la République française qui, dans sa réponse, a promis de « suivre avec attention ce dossier ».

En attendant la suite de la procédure auprès de la Cour de Cassation, Radomir Susnjak, défendu par Me Olivier Morice, un avocat très réputé, est reparti libre, sous contrôle judiciaire.

Susnjar nie son identité

Lors des auditions précédentes à la Cour d’Appel de Paris, Radomir Susnjar avait nié son identité. Toutefois, autorisés par le juge de s’exprimer en tant que témoins, Huso Hurspahic de Visegrad et Bakira Hasecic, présidente d’une association de femmes victimes de guerre, avaient formellement reconnu l’homme, leur ancien voisin.

Par ailleurs, l’avocat général, maître Jean-Charles Lecompte avait confirmé que les empreintes digitales et les photos correspondent à la description de l’accusé, s’appuyant sur la conclusion de plusieurs experts. Le juge Jean Bartholin, président de l’audience, avait, lui aussi, rappelé que l’identité de l’accusé, sous le coup du mandat européen, était bien vérifiée.

Domicilié à Seine-Saint-Denis, Radomir Susnjar, né en 1955, est installé en France depuis 1980 avec sa famille. Avant la guerre, Susnjar travaillait à Paris comme couturier mécanicien au sein de sociétés spécialisées dans la confection, puis en 1986, il avait rejoint Visegrad où il occupait un emploi de livreur de pain. Selon son avocat, la mobilisation de Susnjar au sein de l’armée de la Republika Srpska date du 20 juillet 1992, soit d’une date postérieure aux faits reprochés.

Višegrad est une petite ville du Sud-Est de la Bosnie Herzégovine, proche de la frontière serbe. En raison de son barrage hydroélectrique, de sa liaison routière avec la Serbie et d’autres caractéristiques, il s’agissait d’une ville stratégiquement importante lors du conflit en Ex-Yougoslavie.

Le 19 mai 1992, l’armée populaire yougoslave s’est officiellement retirée de la ville. Les chefs serbes locaux ont alors établit la « municipalité Serbe de Višegrad » et ont pris contrôle de tous les bureaux gouvernementaux de la municipalité. C’est peu après que des serbes locaux, la police et les paramilitaires ont débuté l’une des plus tristement célèbres campagnes de nettoyage ethnique du conflit. Ainsi, beaucoup des Bosniaques qui n’auraient pas été tués sur le champ auraient été détenus en divers endroits de la ville ainsi que dans les anciens baraquements militaires de l’armée yougoslave populaire à Uzamnica, cinq kilomètres à l’extérieur de Višegrad, indique-t-on dans un rapport de l’ONG Trial, basée à Genève, qui lutte contre l’impunité des crimes les plus graves (génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, tortures et disparitions forcées) et défend les intérêts des victimes.

Les personnes détenues dans ces casernes de Visegrad ont été gardés dans des conditions inhumaines, régulièrement battues et utilisées pour des travaux forcés pénibles. Les tueries de Višegrad ont été parmi les premières effectuées par les forces serbes sur la population musulmane bosniaque locale pendant la guerre.

Vos réactions

  • Et son entourage ?Il a une « suite » à Paris de plusieurs fidèles et fous comme lui.

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