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CULTURE/EXPOSITION

EXPO-Milomir Kovacevic-Strasni : Ode à la joi

dimanche 31 juillet 2011 par BH Info - 0

28 juillet-10 septembre 2011 PARIS

Pour l’orchestre (multiethnique) de Stolac, Jouer l’Ode à la Joie est un message que ceux qui ont détruit Stolac et qui la maintiennent dans cet état de profonde désolation seraient incapables de comprendre : « Nous sommes là, ensemble, dans cette ville qui reste, contre vents et marées, magnifique... Et maintenant, laissez-nous vous montrer ce que l’on sait faire... ». Une exposition émouvante proposée par le plus célèbre des photographes bosniens en France, Milomir Kovacevic Strasni. GALERIE PHOTO (VERNISSAGE)

La fanfare de Stolac fait de la musique pour une communauté qui n’existe pratiquement plus.

La ville - une des plus anciennes de Bosnie-Herzégovine - détruite pendant la guerre, a été peu reconstruite depuis. Ses habitants d’avant-guerre ont disparu : expulsés ou tués. Le pouvoir municipal - partagé entre les nationalistes bosniaques et croates - semble tenir à ce que la division ethnique persiste afin de rendre une vie commune impossible : les enfants bosniaques et croates ont des cours séparés, les uns le matin, les autres l’après-midi ; et se rendent à l’école en empruntant des portes différentes !

Les dirigeants s’efforcent de faire perdurer la crise, entravant les tentatives de renouveau économique. La fanfare de Stolac a, par miracle, réussi à renouer, dans cette ville ravagée et divisée, avec la tradition du "faire de la musique" pour la communauté. Ainsi est-elle constituée de survivants, membres de l’orchestre d’avant-guerre, et de très jeunes gens qui ne gardent probablement aucun souvenir des années de vie commune et de gloire de la fanfare d’antan.

Alors que la notion de communauté dans cette zone s’applique essentiellement à une entité ethniquement homogène, la fanfare de Stolac est, selon le philosophe Muhamed Dzelilovic, une tentative de création d’une communauté spirituellement pure, ethniquement inclusive, des communautés basées sur le rejet de l’Autre et de sa différence ethnique et religieuse.

Cette fanfare est pourtant un orchestre comme tous les autres, un ensemble qui, pour pouvoir jouer une belle musique, doit être composé d’individus qui travaillent avec acharnement et passion leur instrument et sont à même de jouer seuls. C’est ce que veulent montrer ces photographies. La fanfare n’est pas présentée par des images de groupe, mais par une série de portraits individuels des membres de l’orchestre. Ils partagent la même position debout, le même uniforme et chacun a son instrument entre les mains. Mais la valeur unique de ces photos ressort du rapport que chacun entretient avec son instrument. L’instrument, on le tient dans ses bras, il est une troisième main, on l’étreint comme si dans l’instant on allait le porter aux lèvres pour y poser un baiser ou en tirer des sons. Les regards et les corps ont l’air de dire : « Prends-la, cette photo, puisque tu y tiens, mais sache que ce n’est pas pour ça que je suis ici, laisse-moi te montrer ce que je sais faire... ». On y lit la fierté, l’obstination, le bonheur de pouvoir là, maintenant, montrer de quoi on est capable de faire. Avec les autres et tout seul, envers et contre tout.

Cet orchestre de cuivres va fêter son 80e anniversaire en entonnant l’Ode à la Joie de Beethoven, une des plus émouvantes musiques jamais écrites. Mais au-delà, c’est une musique qui transcende cette communauté que ses dirigeants s’évertuent à rabaisser en creusant et maintenant des divisions qui n’ont pas lieu d’exister.

Jouer l’Ode à la Joie est un message que ceux qui ont détruit Stolac et qui la maintiennent dans cet état de profonde désolation seraient incapables de comprendre : « Nous sommes là, ensemble, dans cette ville qui reste, contre vents et marées, magnifique... Et maintenant, laissez-nous vous montrer ce que l’on sait faire... ».

Andrea Lešic.

Strasni. Sa vie, son oeuve

Milomir Kovačević commence son travail de photographe à l’âge de 17 ans au Club universitaire de photographie (CEDUS) à Sarajevo. Depuis le début de sa carrière, il se consacre principalement à saisir des images de la vie dans la rue et l’atmosphère des événements culturels à Sarajevo. D’abord photographe de presse pour différentes revues locales, son travail ne sera jamais celui d’un journaliste à la recherche d’images sensationnelles et éphémères.

Parmi les nombreuses photographies qui ont fait sa notoriété, se trouvent ses photographies de la vie dans les prisons, de l’atmosphère de Medjugorje, célèbre lieu de pèlerinage, des supporters du club de football de Sarajevo, de graffitis, de Tito dans les vitrines des boutiques pour le dernier jour de la République…

Au début des années 1990, il témoigne des profondes transformations qui sont en train de se produire dans la société yougoslave. De cette période naissent deux séries photographiques : les campagnes d’affichage des principaux partis politiques pour les premières élections démocratiques en Bosnie-Herzégovine, et également tout ce qui touche à la vie politique de l’époque : assemblées générales des trois partis nationalistes, rencontres entre leurs leaders, réunions parlementaires, manifestations pour la paix…

À partir de 1992, Milomir Kovačević suit de près les événements qui vont rendre la ville de Sarajevo tristement célèbre à travers le monde. Jour après jour il témoigne de ce qui se passe à l’intérieur de la ville assiégée. Il présente sa tragédie personnelle et celle des habitants de Sarajevo. Par ses photographies il essaie de résister à la destruction totale de la ville.

En 1995, Milomir Kovačević arrive à Paris où il poursuit son travail et participe à de nombreuses expositions. En 1998, il devient lauréat de la Fondation CCF, (aujourd’hui HSBC) pour son sujet sur la vie dans les prisons yougoslaves.

Milomir Kovačević est un photographe des contradictions : de la mort et de la vie, du passé et du présent, de l’éternel et du passager. Ses images sont à la fois violentes et d’une extraordinaire sérénité. Leur qualité réside avant tout dans leur force picturale, pourtant exempte de toute stylisation, grâce à laquelle il nous fait partager son histoire personnelle, qui est souvent aussi la nôtre.

Il a obtenu de nombreux prix et a été fait Chevalier de l’Ordre National du Mérite, pour son travail et son engagement, par le Président de la République Française Jacques Chirac en 2007.

Crédit photo : Zdenka Brajkovic

+D’INFOS

Ode à la Joie, l’Orchestre de Stolac Galerie FAIT & CAUSE 58 rue Quincampoix – 75004 Paris Dates d’exposition : Du jeudi 28 JUILLET au samedi 10 SEPTEMBRE 2011 Horaires d’ouverture : Du mardi au samedi, de 14 h à 19 h. Entrée libre Métros : Les Halles, Rambuteau Tel : +33 (0)1 42 74 26 36

SOPHOT.com 69 boulevard de Magenta - 75010 Paris – France Contact : Christian Predovic Tél. +33 (0)1.42.71.01.76 – contact@sophot.com

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Strasni en compagnie avec l’écrivain Aleksandar Hemon et son épouse

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