INTERVIEW
CHRISTOPHE SOLIOZ : "Retour aux Balkans, une invitation dans le labyrinth de la complexité post yougoslave"
vendredi 9
juillet 2010 par BH Info -
Un recueil de textes publiés entre 1992 et 2010 sur les Balkans, avec de nombreuses contributions consacrées à la Bosnie-et-Herzégovine, vient de sortir de presse. Cet ouvrage présente aussi des textes sur plusieurs « (spect)acteurs engagés » : Alex Langer, Wolfgang Petritsch, Carla Del Ponte, Paul Parin, Slavenka Drakulic ou encore Sejla Kameric. Entretien avec son auteur, directeur du CEIS* de Genève, Christophe Solioz.
Quinze ans après, pourquoi ce retour dans les Balkans ?
"Par cette publication, j’ai souhaité porter témoignage d’un engagement de 20 ans sur le terrain des Balkans. Il s’agit d’un livre réunissant des textes très différents ; un mélange de textes d’opinion, d’analyses politiques, et de textes plus journalistiques qui invitent le lecteur à une réflexion critique aussi bien sur les récentes guerres que sur un après-guerre truffé d’incertitudes. "Retour aux Balkans", est donc une invitation à entrer – chacun à sa façon – dans le labyrinthe de la complexité post yougoslave ".
La Bosnie-et-Herzégovine, avec le Kosovo, occupe une place centrale dans le livre. Quelle est votre analyse quant à la Bosnie 15 ans après la guerre ?
"Quand on parle de cette période, on mentionne souvent – et à juste titre – les contradictions internes à la Bosnie qui minent son avenir ; il importe cependant de se pencher aussi sur la problématique régionale et les perspectives d’intégration à l’Union européenne. Je constate très malheureusement que l’évolution ici aussi est très, très lente. Il faut le dire clairement, la coopération régionale institutionnalisée donc au plan étatique est pour le moment un échec ; il aurait fallu être beaucoup plus dynamique et réactif".
Vous êtes plus optimiste lorsqu’il s’agit de l’action de la société civile ?
"Oui, mais je ne parle pas là de l’action des ONG – souvent standardisée sur un modèle entrepreneurial occidental, mais plutôt de l’action de la société civile et de l’engagement tout à fait remarquable des acteurs culturels. Le Festival de Film de Sarajevo a fait énormément pour le pays et pour le développement de la coopération régionale. Au plan politique, un Selim Beslagic (ancien maire de Tuzla), par ses relations avec le maire de Banja Luka de l’époque a également contribué à la réconciliation – il importe de souligner que des groupements citoyens bosniens étaient eux aussi fortement engagés dans ce processus. C’est cette force vive citoyenne qui peut – à terme – avoir une influence sur le pays. J’y vois un réel potentiel pouvant aspirer à devenir une lame de fond pouvant présider à un mouvement similaire à celui qui permit la chute du mur de Berlin. C’est peut-être un peu utopiste, mais je crois vraiment en la nécessité de poursuivre et renforcer tous les efforts contribuant à la « réintégration » du pays — soit au développement d’une Bosnie-et-Herzégovine une et intégrée tant au plan régional qu’à l’Union européenne".
+D’INFO : http://www.ceis-eu.org
Retour aux Balkans. Essais d’engagement 1992-2010, de Christophe Solioz (Paris : L’Harmattan, 2010), 404 pp.
Zehra Sikias