samedi 27 août 2011 par BH Info - 2
Quinze ans après la fin de la guerre en ex-Yougoslavie, les jeunes Bosniens rêvent d’un avenir apaisé, où les différentes communautés vivraient enfin ensemble. De Sarajevo, la cosmopolite, ils regardent vers l’Europe, mais comptent aussi reconstruire leur pays. Entre optimisme et réalisme
En 1995, les accords de Dayton mettent fin à une guerre de trois ans et à un siège tout aussi long, dont Sarajevo sort dévastée. Depuis, le pays est coupé en deux : d’un côté, la Fédération de Bosnie-Herzégovine, de l’autre la République serbe de Bosnie.
Les trois communautés – Bosniaques musulmans (48 %), Serbes orthodoxes (38 %) et Croates catholiques (14 %) – n’en sont pour autant pas encore réconciliées. Devenus adultes, les jeunes qui, il y a quinze ans, couraient derrière les chars de l’ONU ont, en héritage, la mémoire des conflits, des méfiances. Parfois des haines.
Désormais essentiellement musulmane (1), Sarajevo s’accroche à son histoire cosmopolite pour favoriser la tolérance. Les communautés s’y mélangent plus qu’ailleurs. Serbes, Bosniaques et Croates ont grandi dans les mêmes quartiers, fréquenté les mêmes écoles. Le week-end, ils se retrouvent en boîte de nuit.
Pour faire la fête… avec modération : dans une économie accablée par plus de 40 % de chômage, l’heure n’est pas au laisser-aller ! La jeunesse de la capitale mise sur les diplômes pour trouver du travail. Préoccupée par l’instabilité de la situation politique, elle soutient l’intégration européenne qui insuffle un vent d’optimisme. Et veut croire que sa contribution permettra à la Bosnie-Herzégovine de sortir de l’impasse. D’ici dix ou quinze ans…

Mirza, 24 ans, étudiant en médecine
« Il y a deux catégories de jeunes en Bosnie : ceux dont les parents ont transmis une nostalgie de Tito, et ceux qui regardent en avant, tournés vers l’Europe, abreuvés de films américains. » Originaire de Zenica, à 50 km de Sarajevo, Mirza se sent « profondément européen. J’ai étudié en Allemagne et en Autriche, j’espère continuer aux États-Unis… Et suis adepte du couchsurfing (2) ! Les étrangers que j’accueille ont vu Sarajevo à feu et à sang dans les médias ; ils ont envie d’aller sur les lieux historiques et de comprendre ce qui est arrivé. » Mirza se prête au jeu, non pas pour ressasser le passé mais pour « expliquer objectivement, sans accuser personne ».
De la capitale, il retient « le snobisme des habitants, qui pensent avoir tout inventé ! » Ses projets ? « Développer le tourisme médical à Sarajevo, en utiliser les bénéfices pour soigner les pauvres. Même si je pars à l’étranger, je reviendrai. C’est en travaillant et en vivant ici qu’on modernisera le pays. »

Mersiha, 21 ans, apprentie institutrice
« Enfant, j’invitais mes amis serbes et croates à la maison lors des jours fériés musulmans. Eux faisaient de même pour leurs fêtes. Mes parentsne m’ont jamais interdit d’être amie avec qui que ce soit. »
Fille de Bosniaques de Serbie, elle a toujours vécu à Sarajevo. « Un des rares endroits du pays où les élèves des trois communautés font école commune. J’ai eu la chance d’étudier dans un univers mixte. Même comme prof, je ne supporterais pas d’enseigner dans des classes séparées ! »
En plus des cours à la fac, Mersiha travaille sur un projet d’aide aux enfants déscolarisés. « Notamment les Tsiganes, tenus en marge de la société. Pour payer mes études, je bosse aussi dans un restaurant, où je prépare des plats et pâtisseries traditionnels. » Une façon comme une autre de montrer son attachement à sa culture. « J’ai confiance en l’avenir ! La Bosnie offre de nombreuses possibilités ; aux jeunes de savoir les saisir. Je suis sûre que mes enfants seront contents de vivre ici. »

Najra, 20 ans, future psychologue
« Sarajevo est la seule ville qui offre vraiment la possibilité de faire ce que l’on veut ! » proclame cette jeune Bosniaque.
Pour suivre des études supérieures, elle a quitté Kiseljak, sa ville natale, à 30 km au nord de Sarajevo.
« Ici, la vie est agréable quand on est jeune. Il y a des cinémas, des théâtres, des cafés... C’est magnifique ! Je veux devenir psychologue pour rencontrer des gens différents et leur venir en aide. »
Dans ce pays où la folie destructrice a pu atteindre des extrêmes, aller vers les autres est une nécessité.
« Dur, mais pas impossible ! À cause de la situation économique et politique, beaucoup veulent partir à l’étranger… Je sais que trouver un emploi ne sera pas facile, mais je vais tout faire pour. »
Les notes de ses partiels ne sont pas concluantes…
« C’est très dur ici, mais rien est impossible », répète-t-elle.
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Darko, 30 ans, militant associatif

« J’ai découvert le militantisme lors d’une année d’études à Barcelone. Jusque-là, je ne me sentais pas concerné », se souvient ce consultant en informatique, salarié d’une ONG bosnienne. De retour au pays, il s’engage dans une association antimilitariste, « à moitié pour l’adrénaline, à moitié par réelle envie d’agir ! » Puis cofonde le mouvement Dosta ! (« Assez ! »).
Objectifs : « Lutter contre l’incompétence et la corruption des politiciens, éveiller les consciences, inciter les jeunes à prendre part à la vie de la cité. Dans un pays comme la Norvège, je comprendrais qu’ils ne s’intéressent pas à la politique, mais en Bosnie, où tout fout le camp, c’est inouï ! »
Son souhait : mettre fin à l’ethnicisation du pays, où l’appartenance à l’une des trois communautés conditionne le droit de se présenter aux élections. « Je ne me sens pas membre d’un groupe ethnique et refuse de me définir comme tel », explique ce fils de Croates et petit-fils de Serbe. « J’espère que l’intégration européenne permettra d’avancer. Je ne suis pas spécialement pour, mais c’est la seule solution. »

Dino, 24 ans, serveur
« La Bosnie est le meilleur pays du monde. La mentalité y est géniale ! Quand la guerre a commencé, ma mère et moi sommes allés en Croatie. De là, on est montés dans des taxis qui partaient vers des destinations inconnues. On s’est retrouvés en Allemagne ! J’y suis resté six ans. »
Aujourd’hui, les touristes qui fréquentent le restaurant du vieux quartier ottoman où il travaille le persuadent des attraits de sa terre natale. « À Sarajevo, il n’y a pas vraiment de haine entre les communautés. On a été ensemble à l’école et à l’université, on se mélange. À Banja Luka, la capitale de la République serbe de Bosnie, les gens sont plus agressifs.
Des membres de ma famille disent être Serbes pour ne pas avoir de problèmes. » Son boulot lui rapporte 200 euros par mois. « Mais je peux gagner la moitié de mon salaire en une nuit, grâce aux pourboires. Malgré le marasme économique et politique, les gens restent. L’atmosphère du pays les retient. »

Nirmela, 20 ans, étudiante en littérature et langue anglaise
« Je ne porte pas de voile mais je suis pratiquante », prévient la jeune femme. La religion, pour elle, est « une priorité ». « Elle est enseignée dès l’école élémentaire, avec des cours théoriques et pratiques. Des étudiantes turques viennent étudier à Sarajevo car elles n’ont pas le droit de porter le voile dans leurs universités. Les Turcs sont nos frères, on partage les mêmes bases culturelles. »
Ce qui n’empêche pas Nirmela de regarder vers l’Ouest. « Je suis plus attirée par les États-Unis que par le Royaume-Uni : je n’aime pas l’accent britannique ! J’espère devenir professeur ou traductrice ».
Pour l’heure, elle vend « des objets de déco fabriqués par des enfants handicapés, au profit d’une asso »… Devant un centre commercial ouvert, il y a un an, par des banques saoudiennes, où la vente d’alcool est interdite.
Par : Thibault Chaffotte, Alexia Eychenne et Fabien Offner
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