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Seida Karabasic traque les criminels de guerre

vendredi 15 janvier 2010 par BH Info - 0

Seida, c’est l’histoire d’une exilée qui revient sur le lieu des crimes. Elle y croise tous les jours ses anciens tortionnaires. Mais loin de prendre peur, elle témoigne à la Haye et se mobilise au nom de l’association Izvor pour répertorier les disparus de Prijedor et aider le procureur du Tribunal de Banja Luka à trouver d’autres témoins prêts à parler. Pour elle, l’essentiel est de restaurer la confiance en la justice.

"Il est plus facile de reconstruire une route ou une maison que la confiance. On a vécu tant d’années ensemble, dans la fraternité, avec les Serbes et pourtant, il y a bien eu la guerre, le génocide et des camps qui rappellent la Seconde guerre mondiale", explique Seida Karabasic.

Originaire de Prijedor, cette jeune femme bosniaque a su surmonter ses peurs et revenir dans la ville d’où elle a été expulsée pendant la guerre par les Serbes. Vingt ans après, le traumatisme est toujours là : difficile d’occulter la mort d’un père, l’exile et toutes les exactions auxquelles elle a assisté. Oublier, ce n’est pas la solution. Bien au contraire, Seida lutte contre l’oublie. « Pour retrouver la confiance en l’autre, il est essentiel de parler. C’est notre devoir de témoigner sur ce qui s’est passé afin de tenter de comprendre et de construire pour nos enfants un meilleur avenir ».

Témoin à la Haye, Seida a tout raconté devant le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie. A Prijedor, où elle habite, elle affirme vivre sans crainte qu’il lui arrive quelque chose mais avoue se sentir comme un étranger. C’est qu’elle y croise, tous les jours, des criminels de guerre. Certains n’ont jamais été inquiétés par la justice, d’autres sont déjà sortis de prison. "Les peines de 3 à 5 ans pour les crimes commis disent long de la justice du TPIY..."

Révoltée par cette situation absurde, Seida Karabasic et l’association Izvor dont elle est directrice se sont fixés pour objectif de récolter un maximum d’informations et de photographies sur les disparus de Prijedor : au total 3.227 personnes dont on a perdu toute trace. Parmi eux 228 femmes et 123 enfants. Un livre a été édité, il a servi notamment à la Haye.

"Il s’agit d’établir un document véridique et non pas de chercher la vengeance. Nous essayons de rétablir la confiance en la justice et pour cela, la responsabilité de chacun doit être clairement déterminé", souligne Seida Karabasic.

Depuis 4 ans, Izvor est très impliqué localement dans le processus du jugement des criminels de guerre. En coopération avec le tribunal de Banja Luka, en Republika Srpska, l’association fait un travail considérable pour trouver des gens prêts à témoigner. "C’est un petit pays. Les témoins et les criminels cohabitent ensemble. Et on est encore méfiants envers le tribunal local".

Mme Karabasic se montre néanmoins très positive vis-à-vis du travail accompli par le procureur serbe. "Lorsqu’on a vécu Prijedor en 1992 et que nous avons été attaqués par nos voisins les plus proches, on ne s’attend pas à ce qu’un tribunal de Republika Srpska fasse correctement son travail. Et pourtant, malgré la corruption et les pressions des hommes politiques exercées sur les juges dont certains justement font partie des responsables dans les crimes, les juges et les procureurs n’ont pas cédé", affirme-t-elle.

Un signe d’espoir. Mais beaucoup encore reste à faire.

"Le génocide n’a pas été établi à Prijedor. On espère qu’il le sera lors du procès de Radovan Karadzic...", ajoute-t-elle.

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