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LIBAN

I’m Bosnian in Beyrouth

lundi 26 octobre 2009 par BH Info - 0

Alen Abaz, l’entraîneur de basket-ball est récemment rentré de Beyrouth. Malgré ses imperfections, Beyrouth est, selon lui, une super ville. Récit.

Tu veux aller au Liban ? Oui !

Alen Abaz, les amateurs du sport en BH le savent, a quitté en octobre 2008 le club de basket Bosna pour accepter la proposition de jouer au Liban. "C’était juste avant le Nouvel An. Cinq jours après a commencé la crise de Gaza. A l’aéroport de Beyrouth, je me suis retrouvé sans visa. On m’avait dit que les Bosniens n’en avaient pas besoin. Et bien, justement, les Bosniens ont besoin de visa tandis que les citoyens de Serbie, Croatie et Monténégro entrent sans, explique Alen. Il avoue que la situation l’avait mis mal à l’aise, en particulier parce que tout se passait à 4 heures du matin.

"Je suis resté comme ça jusqu’à 7 heures du matin, les gens du club sont venus me chercher après et ont tout arrangé. Je suis rentré au Liban sans visa, la tête pleine de préjugés sur ce pays que je ne connaissais pas vraiment".

Les proches d’Alen, ses parents et son épouse, l’ont rejoint un mois après. Ils avaient encore du mal à croire qu’il était parti là-bas, à la guerre. Les attaques sur Gaza n’ont fait que renforcer leur peur bien que ce conflit se passait à quelques centaines de kilomètres de Beyrouth. "Rentre, tu es fou". Il n’entendait que cela quotidiennement. Il n’est pas rentré et il ne regrette pas. Sans travail à Sarajevo, je n’avais rien à perdre sauf le temps. Le salaire était correct et son ami, Zoran Zubcevic, un Sarajevien qui travaille au Kuwait, connaisseur du basquet-ball en Asie, l’a convaincu qu’il s’agissait d’une bonne proposition.

Il a ainsi commencé à travailler à Tebnine, club qui venait de réussir à passer de la 2e à la première ligue libanaise. Dès le début, il a été positivement surpris par plusieurs choses, avant tout par le talent des joueurs. "Le basket est le sport numéro un au Liban dans lequel investit beaucoup. Les télés transmettent en direct les matchs derby et les joueurs sont aussi bien payés qu’en Europe, environ 40 à 50.000 dollars par mois. Même certaienes star de NBI ont joué dans cette ligue, comme Ruben Paterson, le joueur de Miami Heats la saison dernière. J’ai eu l’occasion de mener Tebnine contre lui lors de la demi-finale de Play off. Nous étions le premier club de seconde ligue de l’histoire qui a réussi à arriver jusqu’à la demi-finale. " En Asie, le Liban est une puissance au niveau du basket et, ses principaux concurrents sont l’Iran et la Chine. Au dernier Championnat d’Asie, le Liban s’est placé quatrième, derrière l’Iran, la Chine et la Jordanie. Les salles, quant à elles, sont d’une capacité de 5 à 6 milles places et sont généralement pleines à craquer.

"J’ai été gêné parce que dans les tribunes, on affiche ouvertement sa religion. Néanmoins, dès qu’on entend l’hymne libanaise, tout le monde chante et reste immobile. Malgré de nombreuses différences entre ses citoyens, le Liban est pour tous au dessus de tout. Chez nous, c’est le contraire". Beaucoup de choses au Liban le rappellent la Bosnie-Herzégovine et son Sarajevo natal. "C’est une société multiculturelle, avec énormément de religions et de peuples différents. C’est la même chose dans le sport. Mon club est le club des chiites, Riyadi est le club des musulmans sunnites, c’est le club numéro un du Liban. Leur grand concurrent est le club Sagesse, c’est le club des maronites catholiques. On a également Antranik, le club des Arméniens, très nombreux au Liban. Comme en politique, entre les différents clubs et leurs supporters, il y a des tensions. Comme chez nous, on entend des insultes... Il y a des Druzes, des orthodoxes... de tout sauf des Juifs ou peut-être deux ou trois.

En décrivant la ville, Abaz dit comprendre pourquoi Beyrouth porte le surnom Paris de l’Orient. Il vivait en résidence hôtelière dans le quartier d’El Hamra, situé à 5 minutes de marche de la mer et toujours pleine de touristes. La ville compte 2 millions d’habitants ce qui représente la moitié du Liban (4,5 millions d’habitants), le niveau de vie est assez élevé. Abaz dit n’avoir jamais vu un parc d’automobiles aussi moderne et luxueux. Le Liban est un pays extrêmement libéral, pro-européen, un peu américanisé aussi (Beyrouth compte beaucoup de chaînes de restauration américaines) où tout le monde parle anglais et presque tout le monde le français, qui est, probablement à cause de son histoire, deuxième langue officielle du pays. Les gens sont éduqués, bien élevés... La ville est pleine de cinémas, théâtres, musées... Les centres commerciaux sont gigantesques, faits pour les millionnaires du Golf. Le Liban est aussi appelé la Suisse du Moyen Orient à cause de nombreuses banques de la région qui ont installé leur siège ici. Malgré une situation politique instable, l’argent du Golf arrive au Liban et ses banques, propriétés des Libanais et des partenaires étrangers, du monde arabe, du Canada, USA, Europe...

L’eau, la plus grande richesse

Une autre richesse du Liban, c’est l’eau. C’est ce qui le rend intéressant pour ses voisins. "Le Liban est le seul à avoir l’eau qui arrive des montagnes, situées à 20 minutes de Beyrouth. Bien qu’il s’agisse d’une région méditerranéenne, le Liban possède d’excellents centres de ski. Comme à Sarajevo. Il est possible, en une journée, faire la plage et skier. Le Liban voit son avenir aussi dans le tourisme et il est bien placé. Les Arabes des autres pays de la région viennent ici car il n’y a pas des interdictions, typiques pour les sociétés arabes. Dans les restos et les cafés, on boit la bière et les meilleurs vins et le night life est très riche. Les plus grandes stars y viennent faire des concerts, comme Julio Iglesias récemment. Beyrouth est relié par l’autoroute avec la ville de Tripoli, au nord. Le Nord est d’ailleurs plus développé et plus sûr que le Sud. Dès que vous allez dans le Sud, les routes sont mauvaises, les gens plus pauvres. "Le problème du Liban, c’est que ce magnifique pays est intéressant pour tous pour des raisons stratégiques, à l’Israël, aux Arabes... ce qui résulte par les tensions et les guerres", souligne Abaz. Les conflits sont fréquents avec l’Israël, ce qui se voit surtout dans les banlieues, autour de l’aéroport. C’est la zone habitée par les Chiites, attaqués par l’aviation israélienne. Les chiites sont d’ailleurs les plus belliqueux. Toujours à propos de la question israélo-libanaise, il est aussi intéressant de mentionner que personne, quelle que soit sa nationalité, ne peut entrer au Liban si son passeport est timbré par l’Etat israélien. "Il y a quelques jours, j’ai entendu dire que les tensions grandissent encore. C’est dommage. Ces gens et ce pays ne le méritent pas", regrette Abaz.

La politique

Dans la vie politique du Liban, on voit des coalitions incroyables, à la fois entre les catholiques et les chiites et entre les catholiques et les sunnites. Les uns sont pro-occidentaux, les autres pro-iraniens, les troisièmes pro-syriens. Lors des meetings politiques, comme en 2005 pour le premier ministre assassiné, Rafik Hariri, c’est l’ambience des match de football. On supporte, on crie, on klaxonne. La même ambiance se crée lors des discours politiques à la télévision. Très bizzare. Malgré les divisions politiques et les discordes, on vit tous ensemble à Beyrouth. Comme chez nous avant la guerre. Quand je suis arrivé au Liban, on m’a dit que c’était bien que je ne parle pas l’arabe. Cela m’aurait entraîné dans des discussions sur la politique. Moins tu sais, mieux c’est, m’a-t-on dit. Il est intéressant que la Constitution du Liban impose que le président de l’Etat soit maronite, catholique. Et que les catholiques de là-bas s’appellent Fuad, Amir... Cela a crée une confusion chez moi.

Les Palestiniens sans passeport

Un grand nombre de réfugiés palestiniens ont trouvé le refuge au Liban. Aucun Palestinien ne peut devenir Libanais ni travailler dans les institutions d’Etat. Alen Abaz avoue ne pas comprendre les raisons. Il croit qu’il s’agit de la peur de l’expansion démographique des réfugiés palestiniens. Les Libanais investissent beaucoup dans l’éducation, c’est la nation la plus éduquée de la région. Le Liban a beaucoup d’universités et la plupart des habitants font des études. Leurs médecins sont très respectés, des patients viennent de la région entière. Les Syriens surtout.

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