Bosnie Herzegovine

Toute l'actualité sur la Bosnie-Herzégovine

LES BOSNIENS DANS LE MONDE

Goran Bregovic, un compositeur voyageur

Le musicien-compositeur sarajevien a plusieurs adresses au monde. Sarajévien, Belgradois, Parisien... ou tout à la fois ?

RFE : Jouer de la bonne musique à Bijelo Dugme (ex-groupe de rock fondé par Goran Bregovic) n’est pas la même chose que faire jouer un orchestre, pour un public très large. Tu as franchi un grand pas. Tu étais au sommet, tu es de nouveau au sommet

BREGOVIĆ : "J’ai probablement eu de la chance que le monde soit devenu curieux. Il a toujours voulu savoir ce qui se mijote dans les Balkans, maintenant il peut satisfaire sa curiosité. Jamais dans l’histoire, les petites cultures n’ont autant influencé les grandes cultures. Je fais partie des compositeurs contemporains qui sont au coeur de cette curiosité. J’ai aussi eu un peu de talent. Ce qui est difficile pour les autres est facile pour moi. Mon handicape, c’est que je viens d’une petite culture. Pour nous, tout est plus difficile. Notre langue est une langue rare. C’est d’autant plus difficile pour les compositeurs. Tu peux aller à la librairie et acheter la plus grande encyclopédie de la musique, tu ne trouveras aucun de chez nous, pas un seul".

RFE : Je connais les journalistes devenus jardiniers, médecins devenus infirmiers, ingénieurs devenus techniciens. Nous avons fui notre pays, nous avons été obligé d’accepter une situation inférieure. Qu’en est-il avec toi ?

BREGOVIĆ : "J’ai eu la chance d’être à Paris. Le reste de l’Europe ne fait qu’apprendre ce que Paris sait déjà depuis des siècles : si on était venu de Yougoslavie ou de Russie, on n’était pas obligatoirement voleur ou ouvrier. On pouvait être artiste aussi. Peu d’endroits au monde donnent autant de possibilités que Paris. Paris a une longue histoire d’accueil des exilés, écrivains russes, scandinaves, peintres espagnols... Paris fait de ce mélange la culture française. La culture française est faite, en grande partie par les étrangers. Récemment, après ma chute, j’ai été surpris de recevoir la lettre d’encouragement du ministre français de la Culture. Ce n’était pas un ministre croate, serbe ou bosnien, mais bien français. C’est le talent de Paris que les autres doivent apprendre".

RFE : Chez nous, on n’aime pas ceux qui réussissent. Quelle est la raison ? Sont-ils jaloux ?

BREGOVIĆ : "Je suis Sarajevien. Dans cette petite ville, j’ai appris qu’il ne fallait pas se faire remarquer. C’est la question du bon goût. Mais on a des compensations. A l’hôpital, pas un Sarajeviens ou Belgradois n’a manqué de me rendre visite. Les Sarajeviens qui ne se sont pas vus depuis des années se sont retrouvés dans ma chambre d’hôpital. Pas un restaurateur n’a manqué de m’envoyer un chorba. Même le roi serbe m’a envoyé un corbeille de fruits".

...

RFE : Tu profites bien de la vie, il me semble. BREGOVIĆ : "Il n’existe aucun compositeur contemporain aussi heureux dans son travail que moi. J’ai joué dans les endroits incroyables, dans la capitale kurde en Iraq, en Sibérie, en Georgie, à Tel-Aviv, Beyrouth, Islande, dans les contrés lointains et bizarres, dans les plus belles salles au monde. Je ne refuse jamais de jouer. Je suis le compositeur voyageur, qui aime le live. Je ne souhaite pas jouer à la télé. Je profite vraiment. Tous les jours, je reçois la confirmation que si tu parle bien la langue de la musique, les réactions sont les mêmes en Islande qu’en Palerme, malgré les préjugés que les gens du Nord soient froids, et les gens du Sud plein de tempérament".

RFE : Tu as travaillé avec les musiciens turcs, grecs, polonais... Tu te cherches toujours dans cette musique ou tu grandis toujours ? BREGOVIĆ : "Je travaille avec les meilleurs, les gens de talent qui me poussent et qui me donnent. J’ai eu toute ma vie cette chance, encore plus depuis la guerre".

RFE : Un esprit vagabond et portant, tu auras 60 ans l’an prochain ? BREGOVIĆ : "Le pire c’est que je suis au sommet de ma carrière à l’âge de 60 ans. Maintenant j’écris bien alors que entre l’âge de 24 et 40 ans, je n’ai rien fait. Bijelo Dubme ne compte même pas 100 chansons. Je jouais dans les concerts une ou deux fois tous les 2 ou 3 ans, on était imposé à 90% ce qui fait que je n’étais pas motivé. J’ai donc reporté mes débuts. J’ai réellement commencé à travailler pendant la guerre, par nécessité".

RFE : Tu travailles beaucoup parce que tu le veux, ou par nécessité ?

BREGOVIĆ : "Les premières deux ou trois années, j’ai été obligé de travailler. Soyons francs, quand je vivais à Sarajevo, j’ai été riche, jeune et célèbre. En un jour, tout ce que j’avais dans les banques en Yougoslavie, j’ai tout perdu. Tous les biens aussi, ce jour-là, je les ai perdus aussi. Je me suis retrouvé à Paris où je possédais un petit appartement et un compte en banque. C’est pourquoi j’ai au début travaillé par nécessité et je faisais toute sorte de boulots. Je ne refusais rien. Je savais que, si je voulais avoir la liberté de faire ce que j’aime, je devais le mériter. C’est ainsi que je vois la liberté d’artiste : être payé pour le travail que tu aimes faire même gratuitement".

Slobodna Evropa

Répondre à cet article

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

Dernière mise à jour :
28 mai 2012