Bosnie Herzegovine

Toute l'actualité sur la Bosnie-Herzégovine

Emsuda Mujagic ouvre une Maison de la Paix... à deux pas des camps !

jeudi 17 décembre 2009 par BH Info - 0

Recréer à Kozarac un pont de communication et de dialogue de paix, un projet utopiste que cette femme bosniaque a pourtant réalisé. En ouvrant un centre de paix dans une région qui comptait 3 camps de concentration durant la guerre, la présidente de l’association Srcem do Mir a redonné l’espoir d’un possible retour à la vie normale.

Bien que beaucoup moins connue que Srebrenica, la région de Prijedor n’en est pas moins victime d’un nettoyage éthnique durant la guerre en Bosnie-Herzégovine. En témoigne d’ailleurs l’existence de trois camps de détenus, de véritables camps de concentration, Omarska, Trnopolje et Keraterm.

« La totalité des non-Serbes ont été expulsés de chez eux. Si moi et ma famille avons réussi à sauver nos vies, beaucoup ont été moins chanceux que nous. C’était très difficile de partir, d’abandonner sa maison, ses amis, sa vie, sans avoir eu le droit de récupérer le moindre souvenir », se souvient Emsuda Mujagic. Originaire de Kozarac, près de Prijedor, cette femme bosniaque se retrouve, comme des milliers d’autres, dès 1993 à Zagreb, réfugiée dans un camp. La guerre n’a fait que commencer mais elle songe déjà à sa fin et fait des projets d’avenir.

« En voyant tout ce malheur, j’ai ressenti le besoin de rétablir les ponts de communication, de créer un lieu où il y a de la place pour tout le monde et notamment tout ceux qui souffrent. J’ai compris aussi que seule la femme est capable de garantir la paix », indique Emsuda qui dès 1993 crée l’association « Srcem do Mira » mettant la femme au cœur de leurs actions humanitaires.

Dès 1998, la guerre à peine terminée, Emsuda reprend la route de retour à Kozarac, refait sa vie et se bat pour réaliser son projet de la « Maison de la Paix » à Kozarac.

« Au début, il a fallu beaucoup parler, parlementer, négocier. On a subi des pressions, des jets de pierre, des attaques », commente Emsuda Mujagic.

Une rencontre a été pourtant décisive pour obtenir l’autorisation de créer la Maison de la Paix. Celle avec le maire serbe de Kozarac.

« Il m’a rappelé qu’à Kozarac, on commémore chaque année la mort de deux soldats serbes et que la population est encore sous le choque. Je lui ai simplement demandé de me citer le nom de l’un de ces soldats, il n’a pas su me répondre. J’ai ensuite commencé à énumérer le nom de chacun des 48 membres de ma famille, des civiles, qui ont perdu leur vie à Kozarac. J’ai expliqué ensuite que mon but n’est pas la vengeance mais juste le retour à la vie normale. Il m’a écouté et a fini par m’accorder l’autorisation ».

La Maison de la Paix a ouvert ses portes en 2003 à Kozarac grâce au soutien financier du Ministère des Affaires Etrangères de Finlande. Elle aide le retour des réfugiés et la reconstruction d’une société multiculturelle. « Créer un centre de paix à deux pas d’un ancien camp de concentration, c’est un projet que tout le monde croyait irréaliste, utopiste. Nous avons pourtant réussi et on se réjouit de voir les jeunes de toutes les communautés le fréquenter, communiquer ensemble et de cette façon œuvrer pour la paix », conclut Emsuda.

1

Emsuda Mujagic (au milieu) avec Florence Hartmann, ancienne porte-parole du TPIY

Répondre à cet article

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

Dernière mise à jour :
28 mai 2012

AGENDA

Invest in Bosnia
Inscrivez-vous

POINT DE VUE

On a aussi voté en Serbie

Il y a aussi eu, le 6 mai, des élections en Serbie, regroupant le même jour celles concernant le Président de la République, l’Assemblée nationale et les municipalités. Boris Tadic, Président sortant (...)